- Depuis le 8 septembre, neuf organisations syndicales de sapeurs-pompiers (FA SPP-PATS, CGT des SDIS, SNSPP-PATS, SUD SDIS, FO-SIS, UNSA, CFTC, CFDT…) ont déposé un préavis de grève qui court jusqu'au 20 octobre, après un été où près de 100 000 hectares ont brûlé. Rassemblement place de la République du 26 au 28 septembre, manifestation nationale à Paris le 29.
- Trois revendications structurent le mouvement : le recrutement statutaire de professionnels (l'intersyndicale chiffre le besoin à 21 700 postes, d'après un rapport de l'Inspection générale de l'administration de 2025), un financement « pérenne, juste et ambitieux » des services d'incendie et de secours, et l'ouverture de négociations sur la fin de carrière et la retraite, avec la reconnaissance de la dangerosité du métier.
- La France compte environ 44 300 sapeurs-pompiers professionnels et 201 000 volontaires, soit 78 % des effectifs. Les interventions ont augmenté de plus de 30 % depuis 2002 ; 87 % relèvent aujourd'hui du secours d'urgence aux personnes.
- Les SDIS sont financés à plus de 5 milliards d'euros sur 6 par les collectivités, les départements d'abord. L'État leur reverse pour cela une fraction de la taxe spéciale sur les conventions d'assurance (TSCA) : 1,45 milliard d'euros en 2024, selon la réponse du ministère de l'intérieur à un député.
- Le même 8 septembre, le gouvernement a présenté aux syndicats les premiers chapitres d'un projet de loi de modernisation de la sécurité civile : recentrage des missions, coordination Samu-pompiers sous l'autorité du préfet, plateformes d'appel communes. Pas un mot sur les effectifs ni sur l'argent, dénoncent les neuf organisations.
- Le calendrier de la grève épouse celui du budget : le PLF 2027 est présenté le 30 septembre, sa première partie est examinée à l'Assemblée du 12 au 19 octobre, avec un vote solennel le 20 octobre, jour de la fin du préavis.
Sortis « en colère, désabusés » de la place Beauvau le 8 septembre, selon les mots rapportés par Public Sénat, les syndicats de sapeurs-pompiers ont entamé six semaines de grève avec trois demandes précises : des postes, de l'argent pour les SDIS, une retraite qui reconnaisse le métier. Nous avons confronté chacune d'elles à ce que la 17e législature a réellement produit. Le bilan tient en trois lignes. Sur le financement, les députés ont voté par deux fois une rallonge de TSCA pour les SDIS, le 7 novembre 2024 par 139 voix contre 26, puis le 20 novembre 2025, et par deux fois le rejet de la première partie du budget a effacé ce vote. Sur les effectifs de professionnels, un seul amendement a existé, un amendement d'appel de 100 000 euros rejeté en commission des finances. Sur la retraite des professionnels, deux demandes de rapport ont été déposées ; aucune n'a été appelée en séance.
Effectifs : 21 700 postes réclamés, un amendement d'appel de 100 000 euros
Le recrutement de professionnels relève des SDIS, établissements publics départementaux, et non de la loi de finances. C'est l'argument que les gouvernements successifs opposent aux syndicats, et c'est aussi la raison pour laquelle le Parlement en parle si peu. Depuis octobre 2024, un seul amendement a porté sur les effectifs de sapeurs-pompiers professionnels : un amendement d'appel de Damien Maudet (LFI-NFP) et Sophie Pantel (SOC), corapporteurs spéciaux du budget de la sécurité civile, déposé sur le projet de loi de finances pour 2025. Son exposé rappelait que « notre modèle de sécurité civile ne peut se passer des 43 000 sapeurs-pompiers professionnels » et que l'objectif de 50 000 professionnels en 2027, fixé par la Fédération nationale des sapeurs-pompiers, « sera difficile à atteindre en l'état ». Pour rester recevable, il abondait de 100 000 euros symboliques l'action « Soutien aux acteurs de la sécurité civile ». La commission des finances l'a rejeté ; sa version pour la séance n'a jamais été examinée, la seconde partie du budget 2025 n'étant jamais arrivée dans l'hémicycle après le rejet de la première partie, le 12 novembre 2024.
Depuis, plus rien sur les professionnels. Les amendements pompiers du budget 2026 adoptés en commission des lois portaient sur les volontaires, campagne de recrutement ou programme national de soutien au volontariat, et n'ont pas davantage atteint la séance. Le sujet vit dans les questions écrites : sur les 272 questions de députés consacrées aux sapeurs-pompiers depuis le début de la législature, 61 mentionnent les effectifs, et le rythme s'est emballé avec les feux, 27 questions en juillet 2026 et 24 en août, contre une dizaine par mois auparavant. Le 4 août, Danielle Brulebois (EPR, Jura) a mis le doigt sur un paradoxe : des lauréats du concours de sapeur-pompier professionnel, dits « reçus-collés », perdent le bénéfice du concours faute d'être recrutés par des SDIS qui gèlent leurs embauches. Sa question demande le nombre de ces lauréats non recrutés sur cinq ans. Elle n'a pas de réponse.
« Le nombre de lauréats excède fréquemment le nombre de postes effectivement ouverts et les contraintes budgétaires pesant sur les SDIS conduisent certains d'entre eux à geler ou à différer leurs recrutements. »
Le ministre de l'intérieur, Laurent Nuñez, avait pris date en séance le 21 juillet 2026, en pleine saison des feux : « Conformément à mon engagement, le projet de loi sera élaboré et le financement des Sdis sera examiné. » Le texte présenté le 8 septembre organise les missions et la coordination des secours ; il ne crée pas un poste. Une proposition de loi portant le même intitulé, « Modernisation de notre modèle de sécurité civile », a par ailleurs été déposée par Sandra Regol (ECOS), sans être inscrite à l'ordre du jour.
Financement des SDIS : voté le 7 novembre 2024, voté le 20 novembre 2025, enterré deux fois
C'est le point où le bilan parlementaire est le plus riche, et le plus frustrant pour les casernes. Le 7 novembre 2024, lors de l'examen de la première partie du budget 2025, l'Assemblée a adopté deux amendements identiques de Sophie Pantel (SOC) et Jean-Pierre Bataille (LIOT) qui abaissaient la fraction de TSCA affectée à la Caisse nationale des allocations familiales pour la reverser aux départements, au bénéfice des SDIS, pour environ 200 millions d'euros. Le groupe socialiste avait demandé un scrutin public : 139 voix pour, 26 contre, 4 abstentions. Toute l'opposition a voté pour, le RN en tête avec 70 voix, devant LFI (27), les socialistes (15) et les écologistes (14). Les 26 voix contre venaient du camp gouvernemental : 16 députés EPR, 7 Démocrates, 3 Horizons.
Le widget ci-dessous permet de retrouver, nom par nom, le vote de chaque député sur ce transfert. C'est à ce jour le seul scrutin public de la législature où une majorité de l'Assemblée a voté des recettes supplémentaires pour les SDIS.
« On pourrait allouer une part de la TSCA attribuée à la Cnaf au financement des Sdis, tout en prévoyant également une augmentation de la taxe de séjour – ce serait d'ailleurs plus juste puisque ceux qui la percevraient seraient les départements parmi les plus touristiques. »
Cinq jours plus tard, le 12 novembre 2024, les députés rejetaient la première partie du budget 2025 par 334 voix contre 191. Le texte est parti au Sénat dans sa version initiale, sans l'amendement. Le rapporteur général Charles de Courson, opposé à la mesure, avait objecté qu'une majoration de la taxe de séjour n'avait « pas de lien évident » avec les SDIS et que rien n'obligeait les départements à reverser l'argent. Sophie Pantel, ancienne présidente du conseil départemental de la Lozère, lui avait répondu que son département recevait 1,8 million d'euros de TSCA et « versait quatre fois ce montant au Sdis ».
« En avançant l'argument d'une double imposition, vous faites reposer le financement des Sdis sur la solidarité locale et non sur la solidarité nationale : les communes devront nécessairement augmenter leurs impôts. »
Un an plus tard, même scénario. Le 8 novembre 2025, sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale, onze amendements venus de cinq groupes (RN, SOC, HOR, DR, LIOT) et d'un non-inscrit proposaient de nouveau de prendre sur la part de TSCA de la branche famille pour la rendre aux départements. Tous ont été rejetés, quatre par scrutin public. Sur le premier d'entre eux, porté par Vincent Descoeur (DR) et des amendements identiques, le vote a été de 98 pour, 158 contre : le RN (77 voix), l'UDR (8) et une partie de la Droite républicaine (8) d'un côté ; EPR (48), les socialistes (35), LFI (34), les Démocrates (17), Horizons (13) et les écologistes (8) de l'autre. La coalition de novembre 2024 s'était dissoute. Thibault Bazin (DR), rapporteur général du PLFSS, l'a résumé en une phrase : « S'il s'agissait seulement de soutenir les Sdis, je vous inviterais à voter les amendements à l'unanimité ; mais ils diminueraient les moyens de la branche retraite. » À gauche, Damien Maudet a refusé de « taper sur les gens qui touchent la prime d'activité et sur les allocations familiales » et rappelé que la hausse du taux de TSCA « aurait pu être adoptée en commission si le RN n'avait pas voté contre ».
Douze jours plus tard pourtant, le 20 novembre 2025, la première partie du budget 2026 a de nouveau accueilli le transfert : l'amendement n° 2839 de Jean-Pierre Bataille, défendu par Joël Bruneau (LIOT), ramenant pour trois ans de 13,3 % à 10,3 % la fraction de TSCA de la branche famille, a été adopté à main levée, le rapporteur général Philippe Juvin rappelant que le produit de la taxe avait « augmenté de 3 milliards d'euros en cinq ans ». Le lendemain, 21 novembre, la première partie du PLF 2026 était rejetée par 404 voix contre 1. Le budget a finalement été adopté par 49.3 le 2 février 2026, sans que les députés votent les crédits de la sécurité civile, comme nous le racontions dans notre état des lieux avant le budget 2027.
Hors budget, le Parlement n'a rien tranché. La seule proposition de loi « visant à améliorer le financement des services départementaux d'incendie et de secours », déposée par Jocelyn Dessigny (RN), n'a jamais été inscrite à l'ordre du jour. Interrogé en 2025 sur les suites d'une mission flash, le ministère de l'intérieur répondait à Daniel Labaronne (EPR) que la fraction de TSCA reversée aux départements progresse de « 100 millions d'euros sur un an » et que de nouveaux critères de répartition étaient à l'étude avec Départements de France, sur la base d'un rapport de l'IGA remis au Parlement le 27 décembre 2022. Le 28 juillet 2026, Mickaël Cosson (DEM) réclamait « l'urgence d'une réforme » du financement ; sa question attend une réponse. Au Sénat, le dernier vote sur les crédits de l'État remonte au 1er décembre 2024 : l'amendement de Grégory Blanc annulant une baisse de 50 millions d'euros du programme « Sécurité civile » a été rejeté par 230 voix contre 113.
Retraite : un décret pour les volontaires, pas un débat pour les professionnels
Sur la retraite, la législature a une réalisation à son actif, mais elle concerne les volontaires. La bonification votée dans la réforme des retraites d'avril 2023 a attendu trente-trois mois son décret, publié le 20 janvier 2026 : un trimestre après dix ans d'engagement, deux après vingt ans, trois après vingt-cinq, pour les pensions prenant effet depuis le 1er juillet 2026. Soixante-huit questions de députés ont réclamé ce texte, et Pierre Cordier (DR) interpellait encore le ministre en séance le 20 janvier 2026, le jour même de la publication : « allez-vous enfin signer un décret conforme à l'engagement pris par le gouvernement ? ». Nous avons détaillé ce feuilleton dans notre article sur le trimestre des volontaires.
Les grévistes du 8 septembre sont des professionnels, et leur dossier est différent. Fonctionnaires territoriaux classés en catégorie active, ils bénéficient d'une bonification dite « du cinquième » : un an de service compté en plus tous les cinq ans, dans la limite de cinq années, à condition d'avoir accompli vingt-sept ans de services dont dix-sept comme sapeur-pompier professionnel. Ils la financent eux-mêmes par une retenue supplémentaire de 2 % sur leur traitement et leur indemnité de feu. Les syndicats demandent depuis des années le déplafonnement des cinq annuités et une proratisation pour ceux qui n'atteignent pas dix-sept ans. À l'Assemblée, cette demande a produit exactement deux amendements, tous deux limités à une demande de rapport : celui de Julien Rancoule (RN) sur le PLFSS 2025, celui d'Hervé Saulignac (SOC) sur le PLFSS 2026. Aucun n'a été appelé en séance : les deux années, l'examen du budget de la sécurité sociale s'est interrompu à l'Assemblée avant d'atteindre les articles concernés. Le 25 août 2026, François Hollande (SOC) a interrogé le ministre des comptes publics sur cette surcotisation de 2 %, que d'autres corps bénéficiant de bonifications ne paient pas. Quant à la reconnaissance du « métier dangereux » que réclame le porte-parole de l'intersyndicale Xavier Boy, aucune des 272 questions de députés sur les pompiers n'emploie l'expression.
Ce que la législature a réellement produit pour les pompiers
Chronologie
Le vote du 7 novembre 2024 et les quatre scrutins du 8 novembre 2025 sont consultables député par député : sur la fiche de votre élu, vous retrouverez sa position sur chacun de ces transferts de TSCA, ses questions sur les pompiers de votre département, et un bouton pour l'interpeller avant le vote du 20 octobre. Pour aller plus loin, notre recherche thématique recense l'ensemble des interventions parlementaires sur les sapeurs-pompiers.