Conséquences néfastes du moratoire concernant la mise en oeuvre de la filière de collecte sélective et de recyclage des déchets du bâtiment
Jean-Jacques MichauSER
Sénateur — Ariège
La question
M. Jean-Jacques Michau attire l'attention de Mme la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature sur les conséquences du moratoire décidé par le Gouvernement en mai 2025 concernant la mise en oeuvre de la filière de collecte sélective et de recyclage des déchets du bâtiment prévue par la loi n° 2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire. Ce moratoire a pour effet de reporter la constitution d'un véritable réseau national de collecte, pourtant essentiel pour lutter contre les dépôts sauvages et soulager les collectivités de charges qui ne leur incombent pas. Dans de nombreux territoires, en particulier ruraux tels que l'Ariège, la très faible présence de prestataires privés conduit les collectivités à accueillir et à traiter, dans leurs déchetteries publiques, des déchets issus du bâtiment. Cette situation transfère indûment la responsabilité et le coût de la gestion de ces déchets vers les contribuables locaux, en contradiction avec le principe « pollueur-payeur » qui fonde la loi. Par ailleurs, il est constaté que plusieurs éco-organismes refusent de contractualiser avec des collectivités, ou ne respectent pas les engagements contractuels lorsqu'ils existent, allant parfois jusqu'à menacer de suspendre l'enlèvement de certains flux de déchets relevant pourtant directement de leur responsabilité. De tels manquements aux obligations légales et réglementaires fragilisent encore davantage les collectivités, alors que la loi leur garantit un dispositif financé et opéré par les metteurs sur le marché. Il lui demande en conséquence quelles mesures urgentes le Gouvernement entend prendre afin de mettre fin à ce moratoire, de contraindre les éco-organismes à respecter strictement leurs obligations et d'assurer un déploiement effectif de la filière, garantissant l'égalité de traitement entre territoires et la préservation des finances locales.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 10/09/2026Prévue par la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire de 2020, la filière REP PMCB est entrée en vigueur fin 2022 avec une ambition claire : réduire les dépôts sauvages de déchets du bâtiment, développer leur recyclage et favoriser l'éco-conception afin de faciliter leur réemploi ou leur recyclage. Près de quatre ans après son entrée en vigueur, force est toutefois de constater que les résultats ne sont pas à la hauteur des ambitions. Si la filière a permis l'ouverture de plus de 6 000 points de reprise des déchets du bâtiment, son efficacité demeure contestée. Dans le même temps, son coût connaît une progression qui interroge profondément sa soutenabilité économique, avec une enveloppe susceptible d'atteindre près de 920 Meuros en 2028. C'est dans ce contexte qu'un moratoire a été décidé en mars 2025. Celui-ci n'avait pas vocation à remettre en cause le principe même de la filière REP, mais à mettre un terme à une fuite en avant consistant à poursuivre son déploiement au prix d'une hausse continue des éco-contributions. Un travail de refondation a été conduit avec l'ensemble des parties prenantes. Il a abouti à un projet de décret qui opère un changement de logique : faire passer la filière PMCB d'un pilotage par la dépense à un pilotage par la performance. Le projet de décret porté par le Gouvernement permettait ainsi de ramener l'enveloppe financière de la filière REP PMCB à environ 325 Meuros en 2028, tout en recentrant ses moyens sur les dispositifs les plus efficaces. Il a été transmis pour avis au Conseil d'État au mois de juin. Le Conseil d'État valide l'économie générale de la refondation proposée par le Gouvernement. Il ne remet notamment pas en cause la nouvelle organisation des canaux de collecte, qui prévoit la suppression de la reprise sur chantier pour les dépôts de plus de 50 m³ de déchets ainsi que la suppression de l'obligation générale de reprise des déchets par les distributeurs. Le Conseil d'État valide également la possibilité de distinguer les matériaux « matures », c'est-à-dire ceux dont la gestion peut être assurée dans des conditions techniques et économiques ne nécessitant pas une couverture intégrale des coûts par la filière REP, des matériaux « non matures ». Toutefois, le Conseil d'État rappelle que l'article 8 bis de la directive-cadre relative aux déchets impose que les producteurs supportent, à l'échelle de la filière, au moins 80 % des coûts nécessaires à la fourniture de services de gestion des déchets présentant un bon rapport coût-efficacité. Cette exigence, combinée aux simplifications apportées au projet de refondation et validées par le Conseil d'État, conduit à estimer que l'enveloppe financière de la filière ne pourrait finalement être ramenée qu'à environ 600 Meuros en 2028, dont près de 10 % correspondant au futur fonds « dépôts sauvages de déchets », contre environ 325 Meuros dans le projet initial du Gouvernement. Ce contenu de l'avis du Conseil d'Etat a été soumis à l'ensemble des parties prenantes en vue de déterminer, dans la transparence, la meilleure option pour cette filière REP. Le gouvernement entend sortir de l'incertitude actuelle, donner de la visibilité à l'ensemble des acteurs de la filière et engager une nouvelle étape, fondée sur la recherche de résultats plutôt que sur l'augmentation des moyens.
Source : senat.fr ↗
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