Reprise des dispositions de la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire
Fabien GayCRCE-K
Sénateur — Seine-Saint-Denis
La question
M. Fabien Gay attire l'attention de Mme la ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche sur une nécessaire reprise du modèle mis en place par la loi n° 2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire (loi AGEC).
L'industrie textile est actuellement l'un des secteurs les plus polluants, responsable d'environ 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre et de 20% de la pollution des eaux.
Cette hausse est imputable en grande partie au développement de la « fast fashion », un mode de consommation intensif basé sur le fait de commercialiser des vêtements de basse qualité et à très bas prix, promouvant donc des achats textiles non durables qui favorisent la surconsommation. Le résultat, c'est que près de 92 millions de tonnes de déchets textiles sont émis chaque année, et très peu sont recyclés.
Chaque seconde, près de 100 pièces neuves sont injectées sur le marché français, soit une hausse de 30 % en seulement quatre ans.
Pour limiter le gaspillage des textiles invendus, la loi AGEC est venue interdire la destruction des invendus textiles, et obliger les entreprises à donner leur surplus à des associations, en échange de 60 % de réduction fiscale.
Cependant, il semble que certaines entreprises aient su tirer parti de cette législation, quitte à la détourner de son objectif initial.
Comme le révèle le média Disclose, des entreprises comme Dealinka se sont même spécialisées dans ce domaine et proposent aux grands groupes de « réduire les frais liés aux stocks encombrants [et] associés à la destruction des produits », en insistant bien sur les contreparties fiscales de ces dons.
Ainsi, le dispositif tel qu'il peut être appliqué n'incite nullement les grandes marques à réduire leur production ; au contraire, nombre d'enseignes augmentent artificiellement leurs invendus pour bénéficier de réduction fiscale très avantageuse.
Ce mécanisme est d'autant plus intéressant pour les entreprises que, dans le cadre du don, ce sont elles qui déterminent la valeur du produit donné.
Enfin, si, en théorie, la filière des déchets textiles est financée par une taxe versée par les enseignes de mode, les vêtements qui ont fait l'objet d'un don en sont exclus.
Ainsi, en plus d'être submergées par des tonnes de vêtements qu'elles peinent à distribuer, les associations sont désormais contraintes de les détruire à leurs frais, les amenant à dénoncer l'impact négatif de ce dispositif.
De plus, il faut constater que cette niche fiscale, qui loupe son objectif, constitue un réel manque à gagner pour l'État, qui s'élève à plusieurs centaines de milliers d'euros. Par exemple, Décathlon a bénéficié de 709 000 euros d'avoirs fiscaux en 2024 sur 1,18 million d'euros de produits.
Aussi, il lui demande quelle stratégie le Gouvernement entend mettre en place pour éviter les détournements de la loi AGEC, et renforcer son objectif de protection de l'environnement par la réduction de la surproduction textile.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 03/09/2026Le Gouvernement est pleinement conscient des difficultés que traverse actuellement la filière à responsabilité élargie du producteur (REP) des textiles d'habillement, du linge de maison et des chaussures (TLC). Cette situation résulte d'une augmentation très importante des volumes de textiles usagés, largement alimentée par le développement de l'ultra fast fashion, et de la réduction progressive des débouchés à l'export, qui fragilisent durablement le modèle économique des opérateurs de collecte, de tri et de valorisation. Face à cette situation exceptionnelle, le Gouvernement a demandé à l'éco-organisme Refashion de renforcer, dès 2025 puis en 2026, son soutien aux opérateurs de collecte et de tri afin de prévenir les défaillances d'entreprises et de préserver les capacités industrielles indispensables au fonctionnement de la filière. Ce soutien a ainsi plus que doublé en deux ans pour atteindre 268 euros par tonne triée en 2026. Parallèlement, le Gouvernement a engagé, en concertation avec l'ensemble des parties prenantes, une réforme structurelle de la filière REP TLC. Cette réforme vise à mieux prévenir la production de déchets textiles en responsabilisant davantage les metteurs sur le marché et à renforcer les capacités nationales de réemploi, de tri et de recyclage afin de développer une filière plus résiliente et moins dépendante des débouchés extérieurs. Le futur cahier des charges de la filière renforcera ainsi significativement les moyens consacrés au développement des capacités industrielles de tri, de surtri et de recyclage. Plus de 150 millions d'euros seront mobilisés sur une période de six ans afin de soutenir les investissements nécessaires à l'émergence d'une infrastructure industrielle performante, créatrice d'emplois et capable de traiter une part croissante des textiles usagés sur le territoire national. Le Gouvernement est particulièrement attaché au maintien de la place des structures de l'économie sociale et solidaire au sein de cette filière. Ces structures jouent un rôle essentiel, tant par leur contribution à la collecte, au réemploi et au tri des textiles que par les missions d'insertion et de cohésion territoriale qu'elles assurent. Le futur cahier des charges veillera ainsi à préserver leur modèle économique et à leur donner les moyens de poursuivre leurs missions dans des conditions pérennes, en accompagnant leur adaptation aux profondes évolutions que connaît aujourd'hui la filière textile.
Source : senat.fr ↗
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