Dysfonctionnements de la filière à responsabilité élargie du producteur appliquée aux produits et matériaux de construction du bâtiment (REP PMBC)
Didier MarieSER
Sénateur — Seine-Maritime
La question
M. Didier Marie attire l'attention de M. le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique à propos des dysfonctionnements majeurs de la filière à responsabilité élargie du producteur appliquée aux produits et matériaux de construction du bâtiment (REP PMCB).
Cette filière issue de la loi n° 2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire ( loi « AGEC ») a été l'objet de nombreuses alertes de la part des acteurs de terrain depuis la fin de l'année 2024. Les entreprises doivent supporter des coûts liés à la gestion des déchets qui ne devraient pas leur incomber, dans un système censé les en décharger. Ce dernier prévoit en effet que les entreprises versent des contributions aux éco-organismes chargés de la gestion des déchets. Les organismes ont ensuite le choix d'allouer ces contributions aux collectivités ou à des prestataires pour gérer ces déchets. Or, certains éco-organismes importants tels que Valobat ont subitement cessé la prise en charge des déchets issus des chantiers de déconstruction dès juillet 2025 avant d'étendre cette décision aux chantiers de réhabilitation, en totale contradiction avec les engagements initiaux.
La filière est en attente de mesures réglementaires sur la prise en charge des déchets par les organismes. Pendant ce temps, les entreprises font face à des difficultés pour se projeter économiquement. De pair avec cette instabilité de la filière s'ajoute une pression économique croissante liée à la hausse du prix des carburants, qui impacte les activités de transports, de collecte, et de traitement des déchets.
La nécessité d'une clarification des modalités de la filière REP PMBC, d'un cadre législatif opérationnel et de mesures transitoires concrètes s'impose pour éviter une dégradation de la situation économique des entreprises et de la situation environnementale.
Ainsi, il l'interroge sur les mesures que le Gouvernement compte mettre en oeuvre pour soutenir les entreprises dans la gestion des déchets.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 10/09/2026Prévue par la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire de 2020, la filière REP PMCB est entrée en vigueur fin 2022 avec une ambition claire : réduire les dépôts sauvages de déchets du bâtiment, développer leur recyclage et favoriser l'éco-conception afin de faciliter leur réemploi ou leur recyclage. Près de quatre ans après son entrée en vigueur, force est toutefois de constater que les résultats ne sont pas à la hauteur des ambitions. Si la filière a permis l'ouverture de plus de 6 000 points de reprise des déchets du bâtiment, son efficacité demeure contestée. Dans le même temps, son coût connaît une progression qui interroge profondément sa soutenabilité économique, avec une enveloppe susceptible d'atteindre près de 920 Meuros en 2028. C'est dans ce contexte qu'un moratoire a été décidé en mars 2025. Celui-ci n'avait pas vocation à remettre en cause le principe même de la filière REP, mais à mettre un terme à une fuite en avant consistant à poursuivre son déploiement au prix d'une hausse continue des éco-contributions. Un travail de refondation a été conduit avec l'ensemble des parties prenantes. Il a abouti à un projet de décret qui opère un changement de logique : faire passer la filière PMCB d'un pilotage par la dépense à un pilotage par la performance. Le projet de décret porté par le Gouvernement permettait ainsi de ramener l'enveloppe financière de la filière REP PMCB à environ 325 Meuros en 2028, tout en recentrant ses moyens sur les dispositifs les plus efficaces. Il a été transmis pour avis au Conseil d'État au mois de juin. Le Conseil d'État valide l'économie générale de la refondation proposée par le Gouvernement. Il ne remet notamment pas en cause la nouvelle organisation des canaux de collecte, qui prévoit la suppression de la reprise sur chantier pour les dépôts de plus de 50 m³ de déchets ainsi que la suppression de l'obligation générale de reprise des déchets par les distributeurs. Le Conseil d'État valide également la possibilité de distinguer les matériaux « matures », c'est-à-dire ceux dont la gestion peut être assurée dans des conditions techniques et économiques ne nécessitant pas une couverture intégrale des coûts par la filière REP, des matériaux « non matures ». Toutefois, le Conseil d'État rappelle que l'article 8 bis de la directive-cadre relative aux déchets impose que les producteurs supportent, à l'échelle de la filière, au moins 80 % des coûts nécessaires à la fourniture de services de gestion des déchets présentant un bon rapport coût-efficacité. Cette exigence, combinée aux simplifications apportées au projet de refondation et validées par le Conseil d'État, conduit à estimer que l'enveloppe financière de la filière ne pourrait finalement être ramenée qu'à environ 600 Meuros en 2028, dont près de 10 % correspondant au futur fonds « dépôts sauvages de déchets », contre environ 325 Meuros dans le projet initial du Gouvernement. Ce contenu de l'avis du Conseil d'Etat a été soumis à l'ensemble des parties prenantes en vue de déterminer, dans la transparence, la meilleure option pour cette filière REP. Le gouvernement entend sortir de l'incertitude actuelle, donner de la visibilité à l'ensemble des acteurs de la filière et engager une nouvelle étape, fondée sur la recherche de résultats plutôt que sur l'augmentation des moyens.
Source : senat.fr ↗
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