Mise en place d'un registre domiciliaire pour améliorer la connaissance de la population
Elsa SchalckLes Républicains
Sénatrice — Bas-Rhin
La question
Mme Elsa Schalck appelle l'attention de Mme la ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation sur les difficultés croissantes rencontrées par les communes dans le cadre de l'actualisation des données de recensement de la population.
Dans sa réponse publiée au Journal officiel du Sénat du 30 avril 2026, le Gouvernement rappelle que les communes jouent un rôle essentiel dans la fiabilité des chiffres de population, notamment par l'actualisation des adresses, le repérage des logements et la collecte des informations nécessaires au recensement. Il souligne également que les communes contribuent directement à la qualité de leurs chiffres de population et disposent d'un « levier d'action » pour garantir la qualité des données produites par l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).
Or, cette responsabilité accrue des collectivités locales apparaît en contradiction avec l'absence de moyens juridiques, techniques et humains permettant aux maires d'exercer pleinement cette mission. En effet, les communes ne disposent aujourd'hui d'aucun outil opérationnel leur permettant de connaître avec précision les personnes résidant effectivement sur leur territoire, alors même que les chiffres de population conditionnent directement les dotations de l'État et l'organisation des services publics locaux.
Dans de nombreux territoires, les divergences entre les données issues du recensement et la réalité observée localement interrogent les élus quant à la capacité des outils actuels à refléter fidèlement les dynamiques territoriales.
La création d'un registre domiciliaire communal permettrait aux maires, dans un cadre strictement encadré par la loi et respectueux des libertés publiques, de disposer d'un outil fiable de connaissance des habitants présents sur leur territoire. Une telle mesure offrirait aux communes un moyen concret d'assurer les missions que l'État leur confie en matière de recensement et d'actualisation des données démographiques.
Aussi, elle lui demande si le Gouvernement entend engager une réflexion sur la mise en place d'un registre domiciliaire, ou de tout autre dispositif permettant aux communes de disposer des moyens adaptés aux responsabilités qui leur sont confiées en matière de recensement, d'information de la population et, plus largement, de connaissance des évolutions démographiques de leur territoire.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 03/09/2026La mise en place d'une déclaration domiciliaire obligatoire et du registre de population afférant se traduirait par la constitution d'un traitement de données à caractère personnel, qui poserait la question du respect des exigences constitutionnelles relatives à la protection des libertés individuelles, d'aller et venir et de respect de la vie privée. Par une jurisprudence constante, le Conseil constitutionnel a ainsi jugé que, dans le cadre du droit au respect de la vie privée, « la collecte, l'enregistrement, la conservation, la consultation et la communication de données à caractère personnel doivent être justifiés par un motif d'intérêt général et mis en oeuvre de manière adéquate et proportionnée à cet objectif » (not. Conseil constitutionnel, 2012-652 DC du 22 mars 2012, cons. 8). En l'espèce, la création d'un fichier d'une telle ampleur au regard de ses objectifs pourrait soulever une difficulté de conformité à ces exigences constitutionnelles (Conseil constitutionnel, 2014-690 DC du 13 mars 2014). De surcroît, la gestion de ce registre créerait des charges nouvelles pour les communes qui devraient, dès lors, s'organiser pour recueillir les déclarations de domicile, délivrer des récépissés et procéder à son actualisation en continu, dans des conditions permettant de garantir un accès sécurisé s'agissant d'un traitement de données à caractère personnel. Elle impliquerait en outre des charges supplémentaires pour l'autorité centralisatrice de ce registre, et la mise en oeuvre de règles de gestion strictes. Les conditions juridiques, techniques et organisationnelles d'une telle obligation devraient donc être approfondies. Enfin, la création d'un tel registre ne garantirait pas l'exactitude des dénombrements de la population communale. Les pays l'ayant mis en oeuvre constatent généralement une surestimation de leur population, découlant notamment de l'absence de déclaration de changement de domicile des personnes quittant la commune ou s'expatriant à l'étranger.
Source : senat.fr ↗
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