Causes de l'explosion du nombre de cancers liés aux pollutions environnementales et mesure des effets cocktail
Christian BilhacRDSE
Sénateur — Hérault
La question
M. Christian Bilhac attire l'attention de M. le ministre auprès de la ministre du travail, de la santé, de la solidarité et des familles, chargé de la santé et de l'accès aux soins sur l'augmentation préoccupante du nombre de cas de cancers, en particulier chez les personnes de moins de 50 ans et sur le rôle probable des expositions environnementales dans cette progression. Selon les données de l'Institut national du cancer, l'incidence du cancer du pancréas a doublé chez les hommes et triplé chez les femmes depuis 1982, avec près de 16 000 nouveaux cas en 2023. Des experts rappellent que les facteurs de risque modifiables classiques comme le tabac, l'obésité, le diabète ou la sédentarité, ne suffisent pas à expliquer cette explosion, notamment chez les jeunes adultes, non exposés durablement à ces risques. La recherche scientifique pointe désormais vers un faisceau de facteurs environnementaux liés aux résidus de pesticides, notamment le glyphosate, aux perturbateurs endocriniens, aux microplastiques, aux nanoparticules, aux métaux lourds ou encore aux nitrites alimentaires... Des études ont mis en évidence qu'une augmentation de 2,6 kg/ha d'herbicides sur onze ans faisait croître de 1,3 % le nombre de cancers du pancréas. Certains dénoncent un « effet cocktail » toxique, lié à la présence conjointe de multiples substances jugées toxiques à titre individuel et dont l'effet pourrait être démultiplié quand elles sont mélangées. Les citoyens sont de plus en plus exposés, dès la vie intra-utérine, sans que l'État ne dispose d'un dispositif de surveillance systémique et transversal de ces polluants et de leurs interactions. Il l'interroge donc sur les mesures que le Gouvernement entend prendre pour mesurer et évaluer de toute urgence les expositions environnementales susceptibles d'augmenter le risque de cancer, notamment dans les zones agricoles intensives, ainsi que pour financer la recherche sur les effets combinés des polluants, dit effets cocktail, y compris les perturbateurs endocriniens.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 03/09/2026La prévention des cancers constitue une priorité pour le ministère chargé de la santé et tous les leviers doivent être mobilisés pour prévenir les expositions aux facteurs de risque de cancers. Les cancers sont des pathologies multifactorielles faisant intervenir des facteurs de risque divers et variés, comme l'obésité, les prédispositions génétiques, l'exposition à des rayonnements, à des pesticides, etc. Parmi les expositions environnementales, les substances chimiques représentent un des facteurs de risque de cancers. Dans le cadre de la réglementation européenne, des évaluations des risques sont réalisées, par les experts des agences sanitaires des Etats membres, pour les substances chimiques mises sur le marché (y compris les substances phytopharmaceutiques et biocides), notamment sur leur caractère cancérigène mais aussi perturbateur endocrinien. Le ministère chargé de la santé veille à ce que les substances reconnues comme cancérigènes ou perturbateurs endocriniens puissent être retirées du marché européen dans les meilleurs délais. Grâce aux expertises menées par les agences sanitaires mais aussi aux travaux des équipes de recherche, de plus en plus de preuves sont aujourd'hui disponibles pour agir et supprimer les substances préoccupantes pour la santé et l'environnement. Toutefois, compte tenu du nombre considérable de substances et de leur potentiel effet cocktail, il est extrêmement complexe d'identifier la fraction attribuable de ces expositions sur les différents types de cancers. L'évaluation de l'impact de tous les polluants de l'environnement sur la santé est encore plus complexe, notamment en raison de l'exposome (exposition vie entière). En matière d'exposition de la population française et de surveillance de son état de santé, l'enquête Albane qui a été lancée en juin 2025 par l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) et Santé publique France, porte sur l'alimentation, la nutrition, l'état de santé et l'exposition aux substances chimiques présentes dans l'environnement. Elle a pour objectif de mieux connaître l'état de santé de la population française afin d'aider les pouvoirs publics à orienter les politiques de santé et de prévention. Les données d'exposition, de consommation alimentaire ou d'habitude de vie, issues d'Albane seront croisées avec des données de santé afin d'identifier les éventuels liens avec des maladies. Elles seront complétées par les travaux de l'ANSES visant à établir des niveaux de concentration pour certaines substances à partir desquels il existerait un risque pour la santé. Plus particulièrement sur les perturbateurs endocriniens, Santé publique France assure la surveillance épidémiologique de certains indicateurs sanitaires en lien avec ces substances. Historiquement basée sur la santé reproductive, cette surveillance va progressivement s'étendre à d'autres pathologies priorisées par l'Étude PEPS'PE (priorisation des effets sanitaires à surveiller dans le cadre du programme de surveillance en lien avec les perturbateurs endocriniens). Plusieurs cancers feront ainsi l'objet d'une surveillance dans ce cadre, notamment le cancer du sein et le cancer des testicules. S'agissant du cancer du pancréas, l'augmentation de son incidence en France et le fait que ce cancer soit parmi les plus meurtriers, avec un pronostic très défavorable, mérite une attention plus particulière. D'après Globocan, les taux d'incidence de cancer du pancréas les plus élevés sont observés en Europe de l'Ouest et en Europe de l'Est. D'après les données du centre international de recherche sur le cancer, les taux d'incidence et de mortalité actuels du cancer du pancréas en France hexagonale sont similaires à ceux de l'Europe de l'Ouest, avec un taux d'incidence standardisé sur l'âge de 9,4 en France pour 8,83 en Europe de l'Ouest. Le tabagisme, l'obésité, la pancréatite chronique ainsi que le diabète sont déjà reconnus comme des facteurs de risque du cancer du pancréas, aux côtés de facteurs génétiques. En outre, l'institut national du cancer s'est vu conférer, par la loi du 30 juin 2025, la mise en place d'un registre national des cancers ayant pour but d'augmenter la couverture nationale du recueil des cas incluant le cancer du pancréas. Cet outil essentiel à la santé publique permettra à terme d'accroître la compréhension, la surveillance de la maladie et de travailler à l'amélioration des parcours de soins et de prévention. La prévention des expositions aux polluants de l'environnement (particules fines, substances chimiques) est une priorité pour le ministère chargé de la santé et plusieurs mesures de prévention sont ainsi déployées dans le cadre des politiques publiques en santé environnementale et de la stratégie décennale de lutte contre les cancers. Cette dernière met également l'accent sur l'amélioration de la recherche, d'une approche plus personnalisée de la prévention et du dépistage et de la prise en charge précoce du pancréas et de l'ensemble des cancers de mauvais pronostic. Enfin, le cancer du pancréas fait également l'objet d'un parcours dédié au sein de l'expérimentation « Interception » au titre de l'article 51 de la loi de financement de la sécurité sociale de 2018.
Source : senat.fr ↗
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