Coût du transport des personnes à mobilité réduite travaillant dans les ESAT
Éric PaugetDR
Député — Alpes-Maritimes (7)
La question
M. Éric Pauget appelle l'attention de Mme la ministre déléguée auprès de la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées, chargée de l'autonomie et des personnes handicapées, sur les conditions de facturation du transport quotidien des personnes à mobilité réduite, notamment lorsqu'elles sont en situation de handicap mental ou psychique et qu'elles doivent se rendre chaque jour dans un établissement et service d'aide par le travail, dit ESAT. Dans plusieurs territoires, des familles sont aujourd'hui confrontées à une forte augmentation du coût de ces transports, en raison de l'externalisation de prestations qui pouvaient être auparavant assurées ou organisées directement par les établissements. Bien que les Conseils départementaux assurent une prise en charge à hauteur d'environ 75 % de ce montant, soit dans le cadre de la prestation de compensation du handicap (PCH), le restant à la charge de la famille, pour partie éligible au crédit d'impôt, ramène, par exemple dans le cas de l'Esat de Cannes, ce coût mensuel à environ 200 euros. Dans les Alpes-maritimes, cette situation conduit mécaniquement à une consommation très rapide du plafond fixé à 24 000 euros accordé sur dix ans au titre de la PCH, lequel pourrait être atteint dès la fin de la deuxième année, alors même que le besoin de transport est structurel, quotidien et durable. Il rappelle que cette réalité financière interroge d'autant plus que la facturation actuelle semble être établie par personne transportée et non par trajet réellement effectué. Or lorsque plusieurs personnes sont présentes dans le même véhicule, le coût du trajet n'est pas divisé entre les passagers, ce qui revient, en pratique, à facturer plusieurs fois un même déplacement alors que le prestataire ne réalise matériellement qu'un seul trajet. Face à une telle méthode de facturation financé par des droits ouverts au titre de la compensation du handicap, qui paraît difficilement soutenable pour les finances publiques comme pour les familles, il souhaiterait savoir si le Gouvernement entend préciser le cadre applicable à la facturation des transports mutualisés de personnes en situation de handicap se rendant quotidiennement en ESAT. En ce sens, il souhaiterait savoir si une tarification au trajet, plutôt qu'une tarification par personne transportée, ne pourrait pas être rendue obligatoire ou encouragée lorsque plusieurs usagers empruntent le même véhicule, à l'image de ce qui peut exister dans d'autres secteurs de transport sanitaire ou conventionné ? Enfin, soucieux de garantir une tarification plus équitable, plus transparente et plus respectueuse à la fois des deniers publics et du reste à charge supporté par les familles de travailleurs handicapés, il souhaite également connaître les mesures que le Gouvernement envisagerait de prendre en lien avec les départements, les maisons départementales des personnes handicapées, les autorités organisatrices de mobilité et les établissements concernés pour répondre à cette problématique dépassant largement le seul périmètre des Alpes-Maritimes.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 08/09/2026L'accès quotidien des travailleurs handicapés à leur Établissement et service d'accompagnement par le travail (ESAT) constitue une condition déterminante de l'effectivité de leur droit au travail protégé, et le Gouvernement est attentif à ce que le coût de ce transport ne devienne pas un frein à leur maintien en emploi ni une charge disproportionnée pour les familles. La question de la transparence et de l'équité des modalités de facturation de ces transports, en particulier lorsqu'ils sont mutualisés entre plusieurs usagers, s'inscrit pleinement dans cette approche. Les travailleurs handicapés accueillis en ESAT ne relevant pas du code du travail mais du Code de l'action sociale et des familles (CASF), la prise en charge du transport obéit à un régime spécifique, distinct de celui applicable aux salariés de droit commun. Trois dispositifs peuvent concourir au financement de ce transport : En premier lieu, lorsque l'ESAT organise lui-même un transport collectif, celui-ci est financé sur le budget principal de l'activité sociale de l'établissement, en application de l'article R. 344-10 du CASF, dès lors que des contraintes tenant à l'environnement ou aux capacités des travailleurs l'exigent ; l'organisation d'un service de transport propre par l'établissement devant, selon le principe général posé par ce même article, rester l'exception par rapport à l'utilisation des moyens de transport public existants ; En second lieu, depuis le 1er juillet 2024, en application du II de l'article 14 de la loi n° 2023-1196 du 18 décembre 2023 pour le plein emploi, l'ESAT doit désormais prendre en charge 50 % du prix des abonnements de transport souscrits par le travailleur pour ses trajets entre le domicile et l'établissement, sur le modèle de l'obligation applicable aux employeurs pour leurs salariés. Cette prise en charge individuelle ne s'ajoute pas à l'organisation d'un transport collectif interne : lorsque celui-ci existe, l'établissement n'est pas tenu de compenser également 50 % d'un abonnement individuel ; En troisième lieu, la prestation de compensation du handicap, au titre de son troisième élément, peut prendre en charge les surcoûts de transport non couverts par les deux dispositifs précédents. Le montant maximal attribuable pour les trajets domicile-établissement médico-social a été porté à 24 000 euros sur une période de dix ans par le décret n° 2021-1414 du 29 octobre 2021. Dans cette limite, le surcoût lié à des trajets en voiture particulière est pris en charge par la Prestation de compensation du handicap (PCH) à hauteur de 0,50 € du km, celui lié à des trajets avec d'autres moyens de transport à hauteur de 75 %. Aucune disposition du CASF ne fixe de règle de facturation, au trajet ou par personne transportée, applicable aux prestataires assurant le transport des travailleurs d'ESAT, que ce transport soit organisé par l'établissement ou souscrit directement par les familles. Ces prestations relèvent de contrats de droit privé négociés localement, dont les tarifs ne sont pas encadrés par une convention nationale, ce qui explique les disparités de pratiques observées selon les territoires et les prestataires. Le Gouvernement est attaché à ce que la mise en œuvre des nouveaux droits ouverts aux travailleurs d'ESAT depuis 2024 ne se traduise pas par un report de charge disproportionné sur les familles ou sur les conseils départementaux compétents en matière de PCH. Il entend donc poursuivre le dialogue engagé avec les associations représentatives du secteur, les départements, les maisons départementales des personnes handicapées et les autorités organisatrices de la mobilité, pour que le transport ne constitue pas un frein à l'accès au travail pour les personnes en situation de handicap.
Source : questions.assemblee-nationale.fr ↗
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