Développement de la phagothérapie
Théo BernhardtRN
Député — Bas-Rhin (8)
La question
M. Théo Bernhardt attire l'attention de Mme la ministre de la santé et de l'accès aux soins sur l'importance cruciale d'encourager la recherche et le développement de la phagothérapie face à la menace grandissante de l'antibiorésistance. Selon de nombreuses études, un grand nombre d'antibiotiques actuellement utilisés risquent de devenir inefficaces dans les 10 à 50 ans en raison de la capacité des bactéries à développer des mécanismes de résistance. En effet, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) considère déjà l'antibiorésistance comme l'une des principales menaces mondiales pour la santé publique, avec des projections alarmantes d'ici à 2050, où les infections résistantes pourraient être responsables de 10 millions de décès par an si aucune solution alternative n'est trouvée. Dans ce contexte, la phagothérapie, qui consiste à utiliser des bactériophages pour cibler et détruire des bactéries spécifiques, représente une alternative prometteuse. Plusieurs initiatives de recherche en France et des essais cliniques soutenus par l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), ont montré des résultats encourageants, en particulier dans le traitement des infections multi résistantes. Cependant, l'absence d'un cadre juridique clair et les freins administratifs limitent son déploiement plus large dans les établissements de santé, alors même que certains pays, comme la Géorgie et la Pologne, l'utilisent déjà couramment avec succès. De plus, des études récentes, comme celles menées par l'Institut Pasteur, ont montré que certaines bactéries parviennent à échapper aux bactériophages en ajustant l'expression de leurs gènes, soulignant ainsi la complexité de cette approche et la nécessité de renforcer la recherche pour maximiser son efficacité dans des conditions réelles. La coordination entre les laboratoires, les hôpitaux et les autorités sanitaires est donc cruciale pour progresser dans la mise au point de traitements robustes et fiables. En conséquence, il lui demande de préciser les actions que le Gouvernement entend mettre en œuvre pour accélérer la recherche et la régulation de la phagothérapie en France.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 25/08/2026La résistance aux antimicrobiens, qualifiée de pandémie silencieuse, est considérée par l'organisation mondiale de la santé comme l'une des dix plus grandes menaces de santé publique pour l'humanité. Le Gouvernement est pleinement engagé dans cette lutte par la mise en œuvre de politiques structurantes de santé publique. Des alternatives à l'antibiothérapie conventionnelle voient ainsi le jour en incluant des approches non issues de la synthèse chimique. En utilisant des virus naturellement tueurs de bactéries, la thérapie phagique est en plein essor. Le Gouvernement soutient et investit pleinement dans cet axe de recherche prometteur. Par exemple, le projet PHAGE-ONE fait partie des 11 projets retenus dans le cadre de l'appel à projets « Antibiorésistance : comprendre, innover, agir » financé par l'agence nationale de la recherche pour le Programme Prioritaire de Recherche Antibiorésistance piloté par l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). En intégrant les hospices civils de Lyon et un consortium d'équipes alliant expertise académique, pharmaceutique et médicale, ce projet apporte la preuve d'un écosystème local d'excellence sur le territoire national dans ce domaine. Dans ce sens, les équipes de recherche sur notre territoire sont d'ores et déjà impliquées dans un certain nombre de protocoles de recherche clinique au sein de nos établissements de santé pour démontrer l'efficacité et assurer la sécurité de ces nouvelles thérapies. Des dispositifs réglementaires comme l'autorisation d'accès compassionnel permettent l'utilisation exceptionnelle de bactériophages sans Autorisation de mise sur le marché (AMM), sous réserve de la mise en place d'un protocole d'utilisation thérapeutique. Cela est autorisé depuis plusieurs années par l'agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé pour des solutions injectables de bactériophages. Ce cadre réglementaire est essentiel pour s'assurer que la production et le contrôle de ces bactériophages ainsi que l'éligibilité des patients aux critères d'octroi soient réalisés selon des standards de qualité équivalents à ceux requis pour tous les médicaments expérimentaux. À noter la publication dans la pharmacopée européenne en 2024 d'une monographie intitulée « Médicaments utilisés en phagothérapie » qui constitue une avancée concrète pour l'encadrement normatif de la production de phages. Le déploiement d'une réunion de concertation pluridisciplinaire nationale dédiée à la phagothérapie en lien avec les centres de référence des infections ostéo-articulaires complexes permet, par ailleurs, de recevoir un avis collégial et montre la place que peut représenter cette alternative dans la prise en charge de patients en impasse thérapeutique, ne pouvant participer à un essai clinique et atteints de ces pathologies à un stade avancé. Ainsi, la phagothérapie est actuellement en France une pratique qui est en usage compassionnel, dans des cas précis pour des patients en impasse thérapeutique, avec un pronostic vital engagé. Des études cliniques à venir permettront d'étayer le rapport bénéfice / risque et d'étudier l'opportunité d'une production industrielle de phages « matière première » entrant dans la composition de véritables médicaments bénéficiant d'AMM. Le Gouvernement reste ainsi pleinement engagé pour poursuivre son soutien dans la recherche et le développement de cette thérapie dans l'objectif de l'amélioration de la prise en charge des patients.
Source : questions.assemblee-nationale.fr ↗
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