Déchets dangereux : qualification en SPIC à La Réunion
Karine LebonGDR
Députée — Réunion (2)
La question
Mme Karine Lebon attire l'attention de Mme la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature sur la question de la gestion des déchets dangereux, notamment amiantés, à La Réunion. Chaque année, l'île produit environ 8 000 tonnes de déchets dangereux, dont une part significative de déchets amiantés. Or l'insularité accentue les contraintes structurelles : saturation rapide des installations existantes, dépendance coûteuse à l'exportation (4 800 à 6 000 euros la tonne contre 500 à 800 euros en métropole), manque d'entreprises certifiées et insuffisance d'infrastructures locales de stockage. Faute de solution locale, la gestion légale devient plus onéreuse que l'illégalité, ce qui explique la multiplication des dépôts sauvages, recensés à plus de 1 200 en 2022 par l'ARS, avec des conséquences graves : risques sanitaires (exposition de la population à l'amiante, propagation de maladies vectorielles autour des dépôts), atteintes environnementales (pollution des sols et nappes phréatiques, perte de biodiversité) et rupture d'égalité entre métropole et outre-mer. Le droit rappelle que la salubrité publique constitue une mission de service public (CE, 1903, Terrier ; CE, 1910, Thérond). De plus, le Conseil d'État (CE, 2007, APREI) a reconnu qu'une activité confiée à des opérateurs privés peut être qualifiée de service public dès lors qu'elle poursuit une mission d'intérêt général et s'exerce sous le contrôle d'une autorité publique. Tel est bien le cas pour la filière des déchets dangereux à La Réunion : les opérateurs privés de collecte et de traitement interviennent sous autorisation préfectorale et dans le cadre de la réglementation des installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE). Cette activité doit donc être regardée comme un service public industriel et commercial (SPIC), ce qui implique de garantir son effectivité et son accessibilité pour tous. Or la situation spécifique de La Réunion justifie des mesures correctrices. La jurisprudence (CE, 1974, Denoyez et Chorques ; Cons. const., 1996, n° 96-385 DC) admet qu'une différence de situation objective, telle que l'insularité, peut justifier des traitements différenciés afin de préserver l'égalité entre usagers. Pourtant, dans les faits, les Réunionnais supportent des coûts dix fois supérieurs à ceux de la métropole pour l'élimination de leurs déchets amiantés. Cette rupture manifeste d'égalité devant les charges publiques s'ajoute à la non-conformité avec la directive européenne 2008/98/CE, qui impose aux États membres un réseau intégré et adéquat d'installations de traitement dans une logique de proximité et d'autosuffisance. La chambre régionale des comptes Réunion-Mayotte, dans une évaluation récente publiée le 26 août 2025, a souligné la nécessité de créer une installation locale de stockage de déchets dangereux (ISDD), solution structurelle estimée à 35,9 millions d'euros, permettant de réduire le coût de traitement à 900 euros la tonne et de créer une filière pérenne sur le territoire. Faute d'un tel investissement, la dépendance à l'exportation et le recours aux dépôts illégaux continueront de mettre en danger la population et l'environnement. En conséquence, Mme la députée demande à Mme la ministre, d'une part, si le Gouvernement reconnaît officiellement la gestion des déchets dangereux à La Réunion comme un service public industriel et commercial, relevant d'une mission de salubrité publique. D'autre part, elle souhaite savoir quelles mesures financières et réglementaires sont envisagées pour compenser les surcoûts liés à l'insularité, par exemple à travers un fonds national de continuité territoriale pour les déchets dangereux ou par un réaménagement de la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP). Enfin, elle lui demande si le Gouvernement entend lancer la création d'une installation locale de stockage de déchets dangereux, condition indispensable à la sécurisation sanitaire et environnementale du territoire réunionnais.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 08/09/2026La gestion des déchets est une politique publique essentielle encore plus dans les territoires ultra-marins du fait des conditions fréquentes d'insularité. Dans le cadre du récent plan interministériel amiante n° 2, une des mesures porte sur la nécessité de disposer d'installations de stockage de déchets dangereux (ISDD) dans les outre-mer afin de pouvoir traiter les déchets d'amiante dans chacun des territoires. Les régions sont les autorités de planification de la prévention et de la gestion des déchets et sont en responsabilité pour décider notamment de la création des installations de traitement de déchets. Ainsi, la région Réunion a inscrit dans son plan territorial de gestion de déchets le projet d'une ISDD pour accueillir notamment les déchets amiantés produits dans le territoire. L'Etat pourra accompagner la région le moment venu pour l'instruction du dossier d'autorisation de l'installation, étudier un soutien par l'ADEME dans le cadre d'appels à projets et faciliter des financements européens. Concernant la fiscalité de la TGAP déchets, depuis le 1er juillet s'applique pour les outre-mer une réfaction très importante pour l'enfouissement et l'incinération des déchets par rapport au tarif national, et ce sur le fondement d'un arrêté du 21 juin pris pour l'application des articles L. 433-62 et L. 433-93 du code des impositions sur les biens et services. Ainsi, La Réunion bénéficie d'une baisse significative de sa TGAP déchets passant de -35 % à -79 % jusqu'à l'année 2029 incluse. Il s'agit d'un geste fort de l'Etat en faveur des territoires qui investissent dans des projets pour l'amélioration du tri et de la valorisation des déchets. Pour les collectivités réunionnaises, cela permettra de gagner en capacités budgétaires pour des projets nécessaires au bon traitement des déchets du territoire, notamment les déchets dangereux.
Source : questions.assemblee-nationale.fr ↗
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