- Sébastien Lecornu présente le budget 2027 en Conseil des ministres le 30 septembre — le dernier du quinquennat.
- Dans un entretien au Parisien le 30 août, le Premier ministre déclare s'être « préparé dès le premier jour à être censuré ». Des motions sont déjà annoncées à gauche.
- Une motion de censure n'est adoptée que si elle réunit la majorité absolue des membres de l'Assemblée, soit 289 voix sur 577. Seuls les « pour » s'expriment : s'abstenir revient à soutenir le gouvernement.
- Depuis le début de la 17e législature, 23 motions de censure ont été mises aux voix : 17 déposées par la gauche, 6 par le RN et ses alliés.
- Une seule a abouti : celle du 4 décembre 2024, qui a renversé le gouvernement de Michel Barnier (328 voix) sur le 49.3 du budget de la Sécurité sociale.
En se disant « prêt à être censuré » sur le budget 2027, Sébastien Lecornu ne prend pas un grand risque arithmétique. Sur les 23 motions de censure mises aux voix à l'Assemblée nationale depuis octobre 2024, une seule a atteint le seuil fatidique des 289 voix. Toutes les autres ont buté sur le même obstacle : depuis la chute de Michel Barnier, le Rassemblement national et un Parti socialiste votant en bloc ne se sont plus jamais retrouvés sur la même motion. Au plus près, le 16 octobre 2025, il n'a manqué que 18 voix.
Seule la motion du 4 décembre 2024 (328 voix) a franchi la majorité absolue de 289 voix. Lecture : la part rouge montre les voix apportées par le groupe socialiste. Source : scrutins publics, Assemblée nationale.
Une seule censure en deux ans : la mécanique du 4 décembre 2024
La seule motion adoptée de la législature raconte exactement ce qu'il faut pour renverser un gouvernement. Le 4 décembre 2024, après le 49.3 de Michel Barnier sur le budget de la Sécurité sociale, la motion déposée par Mathilde Panot, Boris Vallaud et Cyrielle Chatelain a réuni 328 voix : 121 députés RN, 71 Insoumis, 65 socialistes, 38 écologistes, 15 communistes et apparentés, 15 UDR. Deux conditions cumulées : la gauche au complet, et le RN.
Cette combinaison ne s'est plus jamais reproduite. La gauche seule a plafonné à 194 voix (8 octobre 2024), puis 189 (1er juillet 2025) : il lui manque une centaine de voix. Le RN et ses alliés seuls ont plafonné à 144 voix. Le mode d'emploi du 49.3 et de la censure est connu de tous les groupes — c'est l'arithmétique qui ne suit pas.
Le 16 octobre 2025 : la censure à 18 voix près
Le moment où un gouvernement est passé au plus près de la chute depuis Barnier date du 16 octobre 2025, au lendemain de la déclaration de politique générale de Sébastien Lecornu. La motion déposée par Mathilde Panot et 86 députés a recueilli 271 voix : les 122 RN, les 71 Insoumis, 35 écologistes, 16 UDR, 15 communistes… mais seulement 7 socialistes sur 68. Dix-huit voix ont manqué — le groupe PS en avait soixante à offrir.
Ce jour-là, chaque camp a désigné son coupable. Marine Le Pen, dont le groupe a voté la motion LFI, visait Les Républicains — qui n'ont fourni qu'une voix :
« Si les quelques LR convaincus par l'idée de la censure refusaient de voter en faveur de la motion déposée par LFI, leur sectarisme et leur égoïsme – le plus stupide et le plus obtus – condamneraient les Français à subir votre budget de malheur. »
En séance, le 16/10/2025
Le groupe socialiste, seule clé restante
Sur le papier, la censure est possible à tout moment : gauche, RN et UDR totalisent environ 333 sièges, quarante de plus que la majorité absolue. Dans les faits, tout repose sur les 68 députés socialistes. Sous Michel Barnier puis au premier semestre 2025, le groupe a voté quatre motions quasiment en bloc (67, 65, 64 puis 67 voix). Depuis l'arrivée de Sébastien Lecornu, il s'est retiré du jeu : 7 voix le 16 octobre, 5 lors des motions budgétaires de janvier et février 2026, 0 sur toutes les motions déposées par le RN, et 20 voix sur la motion canicule du 6 juillet dernier.
Les budgets 2026, adoptés à coups de 49.3 en janvier et février, ont ainsi survécu à six motions de censure, votées entre 135 et 269 voix — chaque fois 20 à 30 voix sous le seuil. Le 23 janvier, le socialiste Laurent Baumel assumait ce choix à la tribune :
« Puisque le pays réclame un budget et que ce budget est désormais passable, nous le laisserons passer, en ne joignant pas nos voix à une censure coûteuse et dépourvue de bénéfices immédiats pour celles et ceux que nous prétendons défendre. »
En séance, le 23/01/2026
Une menace banalisée à la veille du budget 2027
Depuis sa déclaration de politique générale d'octobre 2025, le gouvernement Lecornu a déjà affronté treize motions de censure — toutes rejetées. La dernière, le 6 juillet 2026 sur la gestion de la canicule, n'a réuni que 132 voix. Dans le bloc central, on ironise désormais sur une arme émoussée, comme Laurent Marcangeli ce jour-là :
« Tout cela n'est pas sérieux, car à force d'être dégainée pour tout, la menace de censure ne dit plus rien. »
En séance, le 06/07/2026
Les 23 scrutins dessinent quatre configurations — et une seule est mortelle pour un gouvernement :
Le budget 2027 dira si cette arithmétique tient un hiver de plus. Pour suivre chaque scrutin de la session et le vote de votre député, retrouvez notre dossier budget 2027 et créez une alerte personnalisée sur votre élu ou sur un texte.