Crise structurelle de la filière du réemploi textile et ses conséquences graves pour les associations solidaires, les emplois d'insertion et les collectivités locales
Pauline MartinLes Républicains
Sénatrice — Loiret
La question
Mme Pauline Martin attire l'attention de Mme la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature sur la crise structurelle qui frappe la filière du réemploi textile et ses conséquences graves pour les associations solidaires, les emplois d'insertion et les collectivités locales.
Depuis plusieurs années, dans le Loiret comme sur l'ensemble du territoire, les associations caritatives sont confrontées à une dégradation continue de la qualité des dons. Sous l'effet de la fast fashion et du développement des plateformes de revente entre particuliers, les pièces réutilisables se font toujours plus rares : entre 15 % et 30 % seulement des dons reçus peuvent désormais être proposés à la vente, menaçant directement les ressources financières de ces structures.
Cette situation a atteint un point de rupture. Le Relais, qui assure 40 % de la collecte textile nationale, a annoncé la suppression de 60 emplois en insertion, la réduction de sa collecte de 15 000 tonnes et la fermeture de près de 4 300 conteneurs sur les 20 500 déployés en France. Certains flux de collecte coûtent désormais environ 250 euros par tonne, tandis que leur valorisation peut chuter jusqu'à 150 euros par tonne. Emmaüs France, La Croix-Rouge et le Secours Catholique font face aux mêmes difficultés. La situation menace près de 3 000 emplois en France, non délocalisables, relevant pour la plupart de l'insertion par l'activité économique. Par ailleurs, la hausse du coût de l'énergie et l'augmentation des volumes ne permettant plus aux recycleurs de reprendre gratuitement les déchets textiles, les associations se voient désormais contraintes de payer une contribution de 10 à 30 centimes par kilo pour des dons qu'elles ne peuvent pas utiliser. Le retrait massif de conteneurs risque en outre d'aggraver les dépôts sauvages de vêtements inutilisables, représentant un danger sanitaire réel pour les administrés et une charge supplémentaire pour les communes.
Le cadre réglementaire peine à répondre à l'ampleur de la crise. Refashion, l'éco-organisme chargé de la filière, a été sanctionné pour ne pas avoir repris sans frais les déchets refusés par les acteurs de l'économie sociale et solidaire. Si la réforme du cahier des charges de la responsabilité élargie du producteur (REP) textile est annoncée, les acteurs de terrain s'inquiètent qu'elle oriente les ressources vers le recyclage industriel au détriment des structures de réemploi et d'insertion.
Elle lui demande quelles mesures le Gouvernement entend prendre pour soutenir les associations solidaires, préserver les près de 3 000 emplois d'insertion menacés, garantir que la réforme de la REP textile ne sacrifie pas le réemploi au profit du seul recyclage industriel, et accompagner les collectivités dans la lutte contre les dépôts sauvages de vêtements, sources de nuisances sanitaires et environnementales pour les administrés.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 10/09/2026Le Gouvernement est pleinement conscient des difficultés que traverse actuellement la filière à responsabilité élargie du producteur (REP) des textiles d'habillement, du linge de maison et des chaussures (TLC). Cette situation résulte d'une augmentation très importante des volumes de textiles usagés, largement alimentée par le développement de l'ultra fast fashion, et par la réduction progressive des débouchés à l'export, qui fragilisent durablement le modèle économique des opérateurs de collecte, de tri et de valorisation. Face à cette situation exceptionnelle, le Gouvernement a demandé à l'éco-organisme Refashion de renforcer, dès 2025 puis en 2026, son soutien aux opérateurs de collecte et de tri afin de prévenir les défaillances d'entreprises et de préserver les capacités industrielles indispensables au fonctionnement de la filière. Ce soutien a ainsi plus que doublé en deux ans pour atteindre 268 euros par tonne triée en 2026. Parallèlement, le Gouvernement a engagé, en concertation avec l'ensemble des parties prenantes, une réforme structurelle de la filière REP TLC. Cette réforme vise à mieux prévenir la production de déchets textiles en responsabilisant davantage les metteurs sur le marché et à renforcer les capacités nationales de réemploi, de tri et de recyclage afin de développer une filière plus résiliente et moins dépendante des débouchés extérieurs. Le futur cahier des charges de la filière renforcera ainsi significativement les moyens consacrés au développement des capacités industrielles de tri, de surtri et de recyclage. Plus de 150 millions d'euros seront mobilisés sur une période de six ans afin de soutenir les investissements nécessaires à l'émergence d'infrastructures industrielles performantes, créatrices d'emplois et capables de traiter une part croissante des textiles usagés sur le territoire national. Le Gouvernement est particulièrement attaché au maintien de la place des structures de l'économie sociale et solidaire au sein de cette filière. Ces structures jouent un rôle essentiel, tant par leur contribution à la collecte, au réemploi et au tri des textiles que par les missions d'insertion et de cohésion territoriale qu'elles assurent. Le futur cahier des charges veillera ainsi à préserver leur modèle économique et à leur donner les moyens de poursuivre leurs missions dans des conditions pérennes, en accompagnant leur adaptation aux profondes évolutions que connaît aujourd'hui la filière textile.
Source : senat.fr ↗
Autres questions de Pauline Martin
Difficultés de la filière de la betterave potagère
Concurrence déloyale subie par les e-pharmacies françaises pour la vente en ligne de médicaments non remboursés
Déclassement du corbeau freux de la liste des espèces susceptibles d'occasionner des dégâts dans le Loiret
Compte d'emploi