Question au Gouvernement ✓ Répondue le 28/05/2026 #1#9#

Aide militaire à l'Ukraine

Posée le 28/05/2026 • Ministère interrogé : Armées et anciens combattants

François Bonneau

François Bonneau UC

Sénateur — Charente

La question

M. le président. La parole est à M. François Bonneau, pour le groupe Union Centriste. (Applaudissements sur les travées du groupe UC.) M. François Bonneau. Ma question s'adresse à Mme la ministre des armées. Mon collègue Philippe Folliot et moi-même revenons d'un déplacement au plus près des soldats et des civils ukrainiens ; cette expérience nous a offert l'opportunité unique d'approfondir notre compréhension de ce que pourraient être les conflits de demain. Le front ukrainien est riche d'enseignements. Le champ de bataille a considérablement évolué durant les quatre dernières années de guerre. Aujourd'hui, dans un rayon de vingt kilomètres de part et d'autre du front, les drones règnent en maîtres. De façon similaire, la situation autour du détroit d'Ormuz montre que le rapport du faible au fort peut tourner en faveur du moins doté si celui-ci dispose de matériels peu coûteux, qui peuvent être produits en grande quantité et atteindre efficacement leurs cibles. Avec les nouvelles technologies, toutes les doctrines militaires bien établies sont remises en cause. Les investissements que nous devons réaliser découlent de notre compréhension de cette mutation sans précédent. Dans la guerre de l'intelligence artificielle (IA), des drones et des satellites, il n'est plus question du nombre de chars, d'avions ou de missiles très coûteux que chacun possède. Nous nous apprêtons à examiner le projet de loi actualisant la programmation militaire (LPM) pour les années 2024 à 2030 et portant diverses dispositions intéressant la défense. Il faut impérativement que ce texte prenne en compte les retours d'expérience ukrainiens pour protéger les Européens. Autrement, nous risquons de dépenser pour des matériels à l'obsolescence programmée. Madame la ministre, les investissements militaires actuellement projetés se fondent-ils sur une compréhension nouvelle de la guerre moderne ? Visent-ils à doter nos armées d'une capacité de défense et de frappe adaptée aux mutations de la donne militaire ? (Applaudissements sur les travées du groupe UC.)

✓ Réponse du gouvernement

Publiée le 28/05/2026

M. le président. La parole est à Mme la ministre déléguée auprès de la ministre des armées et des anciens combattants.

Mme Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des armées et des anciens combattants. Monsieur le sénateur, votre déplacement en Ukraine vous a permis de mesurer combien ce conflit a changé de nature. Depuis son déclenchement, la guerre a en effet profondément évolué.

La guerre des drones est devenue absolument décisive. L'Ukraine réussit très bien sur le champ de bataille, à tel point que son expérience en la matière apparaît aujourd'hui comme une référence pour de nombreux pays. Nous avons d'ailleurs engagé avec elle un travail étroit de coopération et de coproduction dans ces secteurs.

Vous m'interrogez sur les leçons tirées des guerres en Ukraine et au Moyen-Orient. Les armées tirent toujours en temps réel les leçons des conflits en cours. Précisément, le projet de loi actualisant la programmation militaire pour les années 2024 à 2030 tient compte de la nécessité de répondre aux attaques saturantes, comme celles qui sont effectuées par des drones. Nous devons donc être un peu plus agiles sur ce que l'on appelle de manière un peu abusive le low cost, en ayant un peu plus de masse.

De tels ajustements doivent être effectués en cohérence avec les crédits engagés dans la loi du 1er août 2023 relative à la programmation militaire pour les années 2024 à 2030, qui visaient précisément à renforcer nos capacités en matière de drones et à garantir la cohérence de notre modèle d'armée.

Au fond, nous tirons des guerres en Ukraine et au Moyen-Orient la leçon qu'il faut en termes non seulement de masse, mais aussi de cohérence. En ce moment, l'Ukraine a grand besoin de défense aérienne et antimissile. Dans le projet de loi d'actualisation de la LPM, nous proposons justement d'investir dans des capacités souveraines de défense aérienne et antimissile, ainsi que dans des missiles à longue portée.

Au fond, nous avons été très cohérents dans l'augmentation du budget de notre défense et dans le pilotage stratégique de notre modèle d'armée. Oui, il faut tirer les leçons des conflits en cours ; c'est ce que nous faisons, notamment en accélérant le développement de nos capacités en matière de munitions téléopérées. (Applaudissements sur des travées du groupe RDPI.)

M. le président. La parole est à M. François Bonneau, pour la réplique.

M. François Bonneau. Madame la ministre, nous ne retrouvons pas dans la future loi de programmation militaire la transcription de vos propos ; tant mieux si vous êtes convaincue du contraire.

Dans un contexte financier très dégradé, nous devons faire des choix, définir les matériels judicieux et préparer notre base industrielle de défense. En ce qui concerne les drones, l'expertise incomparable des Ukrainiens nous impose de travailler avec eux. Les Anglais le font ; nous, pas encore... (Applaudissements sur les travées du groupe UC.)

Source : senat.fr ↗

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