Souveraineté industrielle européenne face à l'accélération de la concurrence chinoise
Édouard CourtialUC
Sénateur — Oise
La question
M. Édouard Courtial souhaite rappeler l'attention de M. le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique sur les conclusions particulièrement préoccupantes du rapport du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan publié en février 2026 et intitulé « L'industrie européenne face au rouleau compresseur chinois ».
Ce rapport met en évidence une accélération et une diffusion sectorielle de la concurrence chinoise touchant désormais le coeur productif européen. Grâce à une méthodologie inédite fondée sur un indicateur d'alerte synthétique combinant plusieurs seuils statistiques, l'étude établit qu'en moyenne près de 24 % des exportations de l'Union européenne sont aujourd'hui exposées à une concurrence chinoise élevée.
En France, près de 36 % de la production manufacturière serait désormais exposée à une dynamique chinoise anormalement forte sur le marché intérieur. Plus encore, près de 70 % des principaux avantages comparatifs français seraient désormais situés dans des secteurs soumis à une pression concurrentielle élevée. En Allemagne, la progression des importations chinoises concerne des secteurs représentant près de 70 % de la production manufacturière, et 240 000 emplois industriels ont été détruits depuis 2023.
Le rapport souligne que les écarts de coûts estimés par les industriels européens seraient de l'ordre de 30 % à 40 %, avec des différentiels pouvant atteindre 40 % à 50 % dans certains secteurs.
Face à cette situation qualifiée de menace systémique, le rapport évoque deux options de rupture : l'équivalent d'un droit de douane général de l'ordre de 30 %, ou une dépréciation de l'euro de 20 % à 30 %, tout en soulignant que les instruments classiques de défense commerciale demeurent structurellement limités.
Dans ce contexte, il souhaite connaître l'analyse du Gouvernement quant à la portée stratégique de ce diagnostic, les initiatives que la France entend porter au niveau européen pour faire évoluer la doctrine commerciale de l'Union face à une concurrence désormais systémique, et les mesures nationales envisagées afin de protéger les filières industrielles stratégiques tout en renforçant la compétitivité et l'innovation de long terme.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 10/09/2026Le récent rapport du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan publié en février 2026 et intitulé « L'industrie européenne face au rouleau compresseur chinois » contribue à renforcer le diagnostic déjà bien établi du déséquilibre croissant de la relation commerciale entre l'UE et la Chine. Le déficit commercial de l'UE avec la Chine s'élève à près de 1 milliard d'euros par jour, et la Chine concentre une part importante de la production mondiale dans des secteurs clés tels que les minéraux critiques, les panneaux solaires ou encore les véhicules électriques. Cette situation ne résulte pas d'une concurrence loyale. La demande intérieure est artificiellement faible en Chine et la production est massivement subventionnée comme le montrent les travaux de l'OCDE. Cette situation n'est pas restée sans réponse. L'Union européenne dispose de 242 mesures de défense commerciale en vigueur, dont 144 visent des exportations de la Chine, afin de rétablir les conditions d'une concurrence équitable dans le respect des règles de l'OMC. Ces mesures visent des types de biens très larges, tels que les véhicules à batteries électriques, certains produits métallurgiques chimiques, les pneus pour véhicules de tourisme ou bien encore des biens de consommation tels que la céramique de table. Dans le cadre de sa présidence du G7 en 2026, la France a fait émerger un consensus sur la nécessité de coopérer pour résorber les déséquilibres macroéconomiques de la manière la plus efficace possible tout en veillant à garantir une concurrence loyale, à préserver nos industries et nos emplois et à éviter les guerres commerciales et les crises financières de demain. Le Conseil européen des 18 et 19 juin a marqué une nouvelle étape. Les chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne ont considéré à cette occasion que le déséquilibre de la relation commerciale avec la Chine était insoutenable et que des actions devait être conduites pour y remédier. Ces actions pourront venir de la partie chinoise, avec laquelle nous maintenons le dialogue. Des consultations sur le commerce et l'investissement ont ainsi été ouvertes le 29 juin 2026 par le commissaire au Commerce et à la Sécurité économique Maros Sefcovic et son homologue chinois Wang Wentao. Celles-ci viseront notamment à des résultats à court terme permettant d'augmenter les exportations de l'UE vers la Chine et de modérer les exportations chinoises vers notre marché intérieur. Ce dialogue ne sera efficace que si des mesures sont adoptées dans le même temps. La France soutient à ce titre la volonté de la Commission européenne de protéger les industries européennes de la concurrence déloyale et de réduire nos dépendances à l'approvisionnement.
Source : senat.fr ↗
Autres questions de Édouard Courtial
Crise céréalière
Débordements lors des célébrations sportives
Remboursement des frais de propagande électorale dans les communes de moins de 1 000 habitants
Sécurité périmétrique des établissements pénitentiaires