Interprétation normative par le CCSF de la loi Lemoine relative au marché de l'assurance-emprunteur
Vanina Paoli-GaginLes Indépendants
Sénatrice — Aube
La question
✓ Réponse du gouvernement
Le Comité consultatif du secteur financier (CCSF) est une instance consultative instituée par l'article L. 614-1 du code monétaire et financier. Il est chargé d'étudier les questions relatives aux relations entre les établissements de crédit, les établissements de paiement, les entreprises d'investissement, les compagnies d'assurance et leurs clientèles, et de proposer toute mesure appropriée dans ce domaine. Le CCSF réunit, à parité, des représentants des professionnels et de leurs clientèles, ainsi que des représentants des salariés, des personnalités qualifiées et deux parlementaires, assurant ainsi une représentation équilibrée de l'ensemble des parties prenantes du secteur.
Dans l'exercice de ses missions, le CCSF dispose d'une pleine autonomie fonctionnelle. Il ne reçoit pas d'instruction du Gouvernement sur le fond de ses travaux, et ses avis résultent exclusivement de la délibération collégiale de ses membres. Cette organisation garantit la qualité et la crédibilité du dialogue entre les professionnels et les représentants des consommateurs ainsi que l'indépendance des analyses conduites par le comité.
Les avis que le CCSF adopte ont vocation à favoriser la diffusion de bonnes pratiques, sans se substituer aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur. Leur mise en oeuvre repose, le cas échéant, sur des engagements de Place, formalisés par les fédérations professionnelles concernées et susceptibles de faire l'objet d'un contrôle de leur effectivité par l'ACPR (article L. 612-29-1 du code monétaire et financier).
S'agissant plus particulièrement des clauses d'exclusion liées aux états pathologiques antérieurs, cette question s'inscrit dans le programme de travail du CCSF en application de la lettre de mission adressée le 5 juillet 2024 par le ministre de l'Économie et des Finances à sa présidente. Celle-ci invitait le comité de poursuivre ses travaux sur les contrats d'assurance emprunteur, afin d'examiner les difficultés soulevées dans son rapport consacré aux conditions de mise en oeuvre de la loi n° 2022-270 du 28 février 2022, dite « loi Lemoine », qui a profondément réformé le marché de l'assurance emprunteur. Les clauses d'exclusions liées aux états pathologiques antérieurs figuraient parmi les sujets appelant un examen particulier.
L'avis rendu public le 24 juin 2026 par le CCSF sur les contrats d'assurance emprunteur des crédits immobiliers s'inscrit ainsi pleinement dans le mandat qui lui avait été confié. Il procède à une analyse de la conformité de certaines pratiques contractuelles au regard du cadre législatif existant, sans créer de règle nouvelle.
En effet, l'article L. 113-2-1 du code des assurances interdit à l'assureur de solliciter toute information relative à l'état de santé de l'assuré ou tout examen médical, lorsque la part assurée sur l'encours cumulé des contrats de crédits n'excède pas 200 000 euros et que l'échéance de remboursement intervient avant les 60 ans de l'emprunteur. Cette disposition, qui constitue l'une des principales avancées de la loi Lemoine, est dépourvue d'ambiguïté. La loi Lemoine vise en effet à « mettre en place un système inclusif et solidaire, qui rejette la discrimination dont sont victimes les personnes malades » selon les termes du rapport n°367 du sénateur Daniel Gremillet.
Dans ce contexte, le CCSF a estimé que la présence, dans certains contrats souscrits sans sélection médicale, de clauses d'exclusion fondées sur des états pathologiques antérieurs, qu'elles soient générales ou spécifiques, était susceptible de priver cette réforme d'une partie de sa portée. Il considère en effet que de telles clauses ne sont pas conformes à l'esprit et aux objectifs poursuivis par le législateur dès lors qu'elles peuvent conduire, en pratique, à neutraliser les effets de l'interdiction de prendre en considération l'état de santé de l'emprunteur dans les situations prévues par la loi.
Le Gouvernement partage cette analyse du Comité, qui vise à assurer la pleine effectivité de la loi Lemoine dans le respect de l'équilibre retenu par le législateur, tel qu'il résulte des travaux parlementaires, et notamment des discussions en commission mixte paritaire que le Ministre a présidé.
S'agissant enfin des préoccupations que vous exprimez quant aux conséquences éventuelles de cet avis sur le coût de l'assurance emprunteur pour les consommateurs, il convient de relever qu'un bilan de sa mise en oeuvre sera réalisé après son entrée en application effective. Ce bilan comprendra notamment, à l'horizon 2028, un suivi de l'évolution des tarifs pratiqués ainsi que de la sinistralité.
Source : senat.fr ↗
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