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Question écrite ✓ Répondue #21#

Accès aux archives relatives à la répression de l'homosexualité dans les années 1950-1960

Posée le 05/02/2026 · Ministère interrogé : Intérieur

Anne Souyris Anne SouyrisGEST Sénatrice — Paris

La question

Mme Anne Souyris attire l'attention de M. le ministre de l'intérieur sur les obstacles rencontrés pour accéder aux archives publiques relatives à la répression de l'homosexualité dans les années 1950 et 1960. Dans le cadre de travaux de recherche universitaires portant sur l'histoire de la répression pénale de l'homosexualité en France, un chercheur a identifié, aux Archives nationales, soixante-quinze dossiers de police produits par le ministère de l'intérieur et conservés sous dix-sept cotes distinctes. Conformément au code du patrimoine, une demande de dérogation a été déposée en mai 2024 afin de pouvoir consulter ces documents, encore soumis à un délai de communicabilité. Plus d'un an après le dépôt du dossier, en mai 2025, la direction générale des patrimoines et de l'architecture (ministère de la culture) a indiqué refuser la dérogation, au motif que le ministère de l'intérieur n'avait jamais répondu aux sollicitations successives, son silence valant refus en application de l'article L. 213-3 du code du patrimoine. Saisi par le chercheur, la commission d'accès aux documents administratifs (CADA) a rendu, le 17 juillet 2025, un avis pleinement favorable à la consultation anticipée de ces archives, considérant qu'elle ne porterait pas « une atteinte excessive aux intérêts que la loi a entendu protéger », notamment en raison de la qualité du demandeur, du contexte scientifique de la recherche, de l'ancienneté des documents et de l'engagement de réserve signé par l'intéressé. Malgré cet avis, le ministère de l'intérieur est demeuré silencieux. Un recours pour excès de pouvoir a donc été déposé en novembre 2025 devant le tribunal administratif de Paris. Cette situation n'est pas isolée. Elle pose la question plus générale de l'accès effectif aux archives publiques lorsque le ministère de l'intérieur oppose de facto une politique de silence, compromettant la recherche scientifique et la connaissance de pans entiers de l'histoire nationale, notamment celle concernant la répression spécifique de l'homosexualité. Alors que le Parlement examine depuis 2022 une proposition de loi relative à la réparation des condamnations pour homosexualité - et que plusieurs élus appellent à encourager la recherche sur ce sujet - il apparaît paradoxal que l'accès aux sources primaires nécessaires à l'établissement de ce récit historique soit entravé. Elle lui demande en conséquence de bien vouloir indiquer les mesures qu'il entend prendre afin de permettre la consultation des dossiers identifiés, de garantir l'accès effectif aux archives produites par son ministère lorsque les conditions légales sont réunies, et d'assurer ainsi que les travaux de recherche comme les travaux parlementaires puissent s'appuyer sur une connaissance complète et fiable de cette période de notre histoire.

✓ Réponse du gouvernement

Le service historique de la police nationale du ministère de l'intérieur a été saisi en juin 2024 par la direction des fonds des Archives nationales du ministère de la culture d'une demande de consultation par dérogation de dossiers versés par les services du ministère de l'intérieur. La saisine concernait une demande formée en mai 2024 auprès de l'administration des archives par un chercheur travaillant sur « la répression pénale de l'homosexualité en France avant 1982 ».

Les documents demandés relevant du délai spécial de communication fixé à 100 ans par le 5° du I de l'article L. 213-2 du code du patrimoine, une dérogation est nécessaire pour leur consultation. La direction des fonds des Archives nationales a donc saisi la direction générale de la police nationale, pour savoir si celle-ci donnait son accord à une consultation avant l'expiration du délai légal. L'instruction de la demande a été faite avec rigueur et dans le strict respect du droit par le service historique de la police nationale, en lien avec la mission des Archives nationales auprès du ministère de l'intérieur. L'instruction, portant sur 75 dossiers, a nécessité un important travail d'analyse étalé sur plusieurs semaines.

Au terme de l'instruction de la demande, la direction générale de la police nationale a fait connaître son avis aux Archives nationales. La direction générale de la police nationale a autorisé l'accès à la grande majorité des documents demandés. L'accès dérogatoire à quelques dossiers (une quinzaine) - qui ne peuvent en principe pas être communiqués avant l'expiration d'un délai de 100 ans - n'a toutefois pas pu être accordé : en effet ils ne correspondaient pas au sujet de la recherche et leur communication aurait porté une atteinte excessive à la vie privée des personnes mentionnées dans ces dossiers, donc une atteinte excessive aux intérêts que la loi a entendu protéger.

L'avis n'ayant toutefois pu être adressé aux Archives nationales que tardivement, en janvier 2026, une décision implicite de rejet est née. L'intéressé a été informé par l'administration des archives nationales (direction des fonds) de la réponse donnée à sa demande par un courrier du 26 janvier 2026. Il a, depuis, déjà consulté une partie des dossiers autorisés, ce qui illustre l'absence d'entrave à la recherche et l'absence d'atteinte  à la liberté académique.

 

Source : senat.fr ↗

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