Alerte sur les fermetures de sites annoncées par le groupe Legrand
Stéphane DelautretteSOC
Député — Haute-Vienne (2)
La question
M. Stéphane Delautrette alerte M. le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique sur le projet de redéploiement industriel du groupe Legrand menaçant, entre autres, le site de Châlus, en Haute-Vienne. Selon les informations communiquées - sans consultation préalable - aux représentants du personnel et aux élus locaux le 4 juin 2026, ce projet conduira notamment à la fermeture du site de Châlus, avec des conséquences humaines, économiques et territoriales particulièrement lourdes pour ce bassin de vie rural. Seront également touchés de façon aussi injuste les sites de Confolens en Charente, Pont-en-Royans en Isère et Lagord en Charente-Maritime. Pour justifier cette décision, la direction de l'entreprise invoque un recul du marché du bâtiment en France et une baisse des volumes de production de 17 % depuis 2019. Pourtant, dans le même temps, le groupe affiche des résultats financiers particulièrement solides, avec plus de 1,2 milliard d'euros de bénéfices en 2025, une hausse des dividendes supérieure à 8 %, ainsi qu'une croissance de 18 % de ses ventes au premier trimestre 2026. L'entreprise met également en avant un excellent niveau de rentabilité et plusieurs acquisitions stratégiques dans les secteurs des centres de données et de la transition énergétique. Dans un tel contexte, l'annonce brutale de cette fermeture pour 2028 suscite stupeur, incompréhension et profonde inquiétude parmi les salariés, les élus et les habitants du territoire. Ceci, d'autant plus que le site de Châlus a fait l'objet d'importants investissements récents et que l'intégration de nouvelles activités étaient envisagées il y a encore quelques semaines. Un emploi supprimé équivaut à trois emplois menacés. Au-delà, ce sont des vies de famille heurtées, ce sont des classes d'écoles fermées. Ce sont des sous-traitants privés de commandes, des services et des commerces affectés. C'est une campagne qui se vide, ce sont des habitants qui se sentent trahis. Abandonnés. C'est ainsi tout un écosystème local et une part de l'identité industrielle qui sont remis en cause. En Haute-Vienne, « on a tous quelque chose en nous de Legrand ». Le groupe occupe, de fait, une place particulière. Une place qui lui octroie une responsabilité dont il ne peut se dédouaner envers les femmes et les hommes qui le font vivre depuis des années. Envers les territoires au sein desquels il est ancré. Les entreprises contribuent pleinement à faire battre le cœur des communes. Les collectivités locales ne peuvent pas, ne doivent pas être seules à en assurer la vie et à servir de pompiers lorsque la course au rendement et au profit se traduit en « rationalisation », en « optimisation », en « redéploiement » ou, pire encore, en « délocalisation » ! Le groupe Legrand bénéficie, de surcroît, d'importantes mesures fiscales (crédit impôt recherche). Elles demandent contrepartie. Alors même que la réindustrialisation des territoires ruraux constitue un objectif affiché du Gouvernement comme condition essentielle de leur vitalité et de la souveraineté industrielle du pays, un tel projet apparaît en contradiction avec les ambitions nécessaires à un aménagement équitable du territoire et à un maintien de l'emploi local. En conséquence, il lui demande quelles démarches le Gouvernement entend engager auprès de la direction du groupe Legrand afin de revenir sur ce plan et d'obtenir des garanties sur l'avenir des sites et des salariés concernés - en particulier celui de Châlus - et sur le maintien des emplois industriels dans les territoires ruraux. Qui plus est, il l'interroge sur sa volonté de venir, à son invitation, rencontrer la direction, les salariés et les organisations syndicales sur site.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 01/07/2026GROUPE LEGRAND
Mme la présidente. La parole est à M. Stéphane Delautrette, pour exposer sa question, no 825, relative au Groupe Legrand.
M. Stéphane Delautrette. Le 4 juin, nous apprenions avec stupeur le projet de redéploiement industriel du groupe Legrand qui induit la fermeture de quatre sites, dont celui de Châlus, dans ma circonscription, en Haute-Vienne. Sont également concernés ceux de Confolens, en Charente, de Pont-en-Royans, en Isère, et de Lagord, en Charente-Maritime. L'annonce est brutale sur la forme, n'ayant été précédée d'aucune consultation ni information préalable des représentants du personnel et des élus locaux, et catastrophique sur le fond, tant sont lourdes les conséquences humaines, économiques et territoriales qu'elle entraîne pour ces bassins de vie ruraux.
Pour justifier sa décision, la direction de l'entreprise invoque un recul du marché du bâtiment en France et une baisse des volumes de production de 17 % depuis 2019. Pourtant, le groupe affiche des résultats financiers toujours plus élevés, avec plus de 1,2 milliard d'euros de bénéfices en 2025, une hausse des dividendes versés supérieure à 8 %, ainsi qu'une croissance de 18 % de ses ventes au premier trimestre 2026. L'entreprise met également en avant un excellent niveau de rentabilité et plusieurs acquisitions stratégiques dans les secteurs des centres de données et de la transition énergétique. Dans un tel contexte, les fermetures annoncées à l'horizon 2028 suscitent colère, incompréhension et profonde inquiétude parmi les salariés, les élus et les habitants.
C'est particulièrement le cas en Haute-Vienne : le site de Châlus est rentable, de l'aveu même du directeur général France, et les salariés sont reconnus pour leur expertise. Par ailleurs, le site a récemment fait l'objet d'importants investissements et l'intégration de nouvelles activités y était envisagée il y a encore quelques semaines.
Dans ce secteur productif, un emploi supprimé équivaut à trois emplois menacés. Au-delà, ce sont des vies de famille heurtées, des classes d'écoles fermées, des sous-traitants touchés, des services et des commerces affectés. C'est une campagne qui se vide, des habitants qui se sentent trahis, abandonnés. Tout un écosystème local et une part de notre identité industrielle sont ainsi remis en cause.
En Haute-Vienne, on a tous quelque chose en nous de Legrand. Le groupe occupe historiquement une place particulière, qui lui impose une responsabilité dont il ne peut se dédouaner envers des femmes et des hommes qui le font vivre depuis des années, envers les territoires dans lesquels il est ancré. Les entreprises contribuent à faire battre le cœur de nos communes. Les collectivités locales ne peuvent pas, ne doivent pas, être seules à en assurer la vie et à servir de pompiers lorsque la course au rendement et au profit se traduit en « rationalisation », en « optimisation », en « redéploiement » ou, pire, en « délocalisation ».
De surcroît, le groupe Legrand bénéficie d'importantes mesures fiscales, qui exigent une contrepartie. Alors que la réindustrialisation des territoires ruraux constitue un objectif affiché du gouvernement comme condition essentielle de leur vitalité et de notre souveraineté industrielle, un tel projet contredit les ambitions nécessaires à un aménagement équitable du territoire et à un maintien de l'emploi local. En conséquence, je vous demande solennellement quelles démarches le gouvernement entend engager auprès de la direction du groupe Legrand afin de revenir sur ce plan, d'obtenir des garanties sur l'avenir des salariés des sites concernés, en particulier celui de Châlus, et sur le maintien des emplois industriels dans nos territoires ruraux.
Mme la présidente. La parole est à M. le ministre des petites et moyennes entreprises, du commerce, de l’artisanat, du tourisme et du pouvoir d’achat.
M. Serge Papin, ministre des petites et moyennes entreprises, du commerce, de l’artisanat, du tourisme et du pouvoir d’achat. Le gouvernement et le ministre de l'industrie regrettent profondément cette annonce, même si elle pourrait s'accompagner de la création de 107 emplois sur d'autres sites Legrand, car ceux qui sont concernés localement par cette optimisation la subissent. C'est pourquoi le ministre de l'industrie a immédiatement convoqué le directeur général de Legrand afin de recueillir ses explications, d'examiner les moyens d'éviter ou de limiter l'impact des fermetures et d'obtenir des mesures de compensation territoriales et sociales. Cet entretien doit avoir lieu dans les prochains jours. À cette occasion, le ministre rappellera fermement que si ces projets de fermeture étaient maintenus, des mesures d'accompagnement, de reclassement et de reconversion solides et adaptées aux salariés et aux territoires concernés seraient indispensables. D'ailleurs, je regarderai plus précisément le site de Lagord, qui est proche de mon domicile, situé à La Rochelle.
Il insistera pour qu'elles se traduisent par un accord de plan de sauvegarde de l'emploi unanime ou majoritaire et pour qu'une recherche sérieuse de repreneurs soit conduite sur les sites menacés. Ces mesures devront être élaborées dans le cadre d'un dialogue social exemplaire, avec une information et une consultation des comités socio-économiques ; les services de l'État y veilleront. Les élus locaux et les acteurs économiques des territoires concernés devront également être associés à ce processus.
Mme la présidente. La parole est à M. Stéphane Delautrette.
M. Stéphane Delautrette. Je vous remercie de l'intérêt et de l'attention que porte le gouvernement à ce sujet et vous invite à venir constater en Haute-Vienne la réalité de la situation.
Source : questions.assemblee-nationale.fr ↗
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