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Question orale sans débat ✓ Répondue le 01/07/2026 ruralité

Transfert unilatéral de licence IV d'un village rural vers un centre commercial

Posée le 23/06/2026 · Ministère interrogé : Ministère de l’aménagement du territoire et de la décentralisation

Frédéric Valletoux Frédéric ValletouxHOR Député — Seine-et-Marne (2)

La question

M. Frédéric Valletoux alerte Mme la ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation sur une situation préoccupante concernant le transfert unilatéral et imposé d'une licence IV actuellement rattachée à la commune de Thoury-Férottes (650 habitants), située dans le sud Seine-et-Marne, dans sa circonscription, vers un établissement d'un centre commercial de Cergy (71 500 habitants), au cœur de Cergy-Pontoise (221 000 habitants). Sans se préoccuper de l'impact de sa décision sur cette commune rurale, le préfet du Val-d'Oise a en effet décidé de mettre la main sur la licence IV qui était attachée à l'« Esco Bar » de Thoury-Férottes pour satisfaire les besoins d'un établissement du centre commercial des Trois Fontaines, rue de la Croix des Maheux, à Cergy. Pour justifier sa décision, le préfet du Val-d'Oise argue du fait que la commune disposait jusqu'à présent de deux licences IV. Toutefois, l'une d'entre elles est attachée au golf de la Forteresse, golf privé situé à l'extérieur du village, qui ne remplit pas les mêmes fonctions d'animation de la vie quotidienne qu'un bar-tabac de centre-bourg. Quant à la seconde licence IV, attachée donc à I'« Esco Bar », un bar-tabac au cœur du centre-bourg, près de la mairie et dont le gérant est malheureusement décédé d'une crise cardiaque, son transfert revient de fait à empêcher toute perspective de reprise de l'activité, privant ainsi le village de son ultime commerce. Sans licence IV, aucun exploitant ne souhaitera s'y installer, condamnant à terme ce lieu de vie. Cette décision, décidée sans aucune concertation, ni avec le maire, ni avec les élus du secteur, est pour lui inacceptable et suscite une vive incompréhension au regard des enjeux d'aménagement du territoire et de maintien de la vitalité des communes rurales. Elle est même totalement contradictoire avec la politique que le Gouvernement mène en faveur du monde rural et dont les objectifs sont régulièrement rappelés par le Premier ministre. Comme le Gouvernement et à son échelle, M. le député se bat pour défendre la dynamique du monde rural et favoriser son attractivité. Aussi, une telle décision paraît incompréhensible et catastrophique. Elle revient à déposséder un territoire rural au profit d'un centre commercial déjà structuré. Le signal donné à ceux qui s'engagent pour défendre les collectivités rurales est délétère. Il serait inconcevable que la préfecture du Val d'Oise, pour réparer son coup de force, propose à la commune d'acquérir une autre licence III ou IV. Indéniablement, cette situation soulève une question de cohérence dans l'action gouvernementale en faveur des territoires ruraux. Au regard de tous ces éléments, il lui demande de bien vouloir intervenir pour que cette décision administrative soit annulée et que la commune de Thoury-Férottes puisse retrouver le bénéfice de cette licence IV.

✓ Réponse du gouvernement

Publiée le 01/07/2026

BAR-TABAC DE THOURY-FÉROTTES


Mme la présidente. La parole est à M. Frédéric Valletoux, pour exposer sa question, no 808, relative au bar-tabac de Thoury-Férottes.

M. Frédéric Valletoux. Je souhaitais alerter aussi bien la ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation que le ministre de l'intérieur au sujet d'une affaire certes locale, mais qui symbolise pour moi une forme de désinvolture de certaines administrations d'État vis-à-vis du monde rural.

Il s'agit du transfert unilatéral, imposé par la préfecture du Val-d'Oise, d'une licence IV aujourd'hui rattachée à une commune de ma circonscription qui compte 600 habitants, Thoury-Férottes, située au cœur du Gâtinais, vers un établissement situé dans un centre commercial de Cergy-Pontoise, ville de 71 000 habitants au cœur d'une agglomération de 220 000 habitants. Sans se préoccuper de l'impact de sa décision sur cette commune rurale, le préfet du Val-d'Oise a en effet estimé qu'il pouvait mettre la main sur une licence IV qui était attachée au seul commerce et seul café du village de Thoury-Férottes, pour satisfaire les besoins d'un centre commercial.

Pour justifier sa décision, le préfet du Val-d'Oise a argué du fait que la commune disposait de deux licences IV. Toutefois, l'autre est attachée à un golf privé situé à quelques kilomètres du centre-bourg ; il ne remplit évidemment pas les mêmes fonctions qu'un bar-tabac de village.

Ce bar-tabac a fermé après le décès soudain de son gérant, ce qui a laissé le champ libre à ce transfert. Celui-ci a été opéré sans aucune concertation, ni avec le maire, ni avec aucun élu, ni avec les services de la préfecture de Seine-et-Marne. Cette décision totalement arbitraire et unilatérale a suscité une vive émotion et des réactions non moins vives ; elle est contraire aux nécessités de l'aménagement du territoire et du maintien de la vitalité des commerces en milieu rural. Elle est totalement contradictoire avec la politique que mène le gouvernement en faveur du monde rural, dont les objectifs sont régulièrement rappelés par les membres du gouvernement et le premier ministre. Comme le gouvernement, je me bats, à mon échelle, pour défendre la dynamique du monde rural et favoriser son attractivité.

Une telle décision est totalement incompréhensible et catastrophique. Elle revient en effet à déposséder un territoire rural au profit d'un centre commercial déjà structuré qui n'a pas besoin d'aide supplémentaire. Le signal donné à ceux qui s'engagent pour défendre les collectivités rurales est délétère. La seule réponse de la préfecture du Val-d'Oise a consisté à proposer à la commune d'acquérir une autre licence IV – comme si cela pouvait suffire !

Cette situation soulève la question de la cohérence de l'action gouvernementale en faveur des territoires ruraux mais aussi celle de la cohérence de l'action au quotidien de certains représentants de l'État. Sur le papier, ils sont censés mettre en œuvre dans les territoires les orientations des politiques publiques du gouvernement.

Au regard de tous ces éléments, je vous demande de bien vouloir intervenir pour que cette décision administrative soit annulée et que la commune de Thoury-Férottes puisse retrouver le bénéfice de cette licence IV ; c'est le seul moyen de relancer l'unique commerce de cette commune.

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre délégué auprès du ministre de l'intérieur.

M. Jean-Didier Berger, ministre délégué auprès du ministre de l'intérieur. Je sais à quel point vous êtes attentif aux situations locales dans votre circonscription et je sais que vous les connaissez parfaitement. C'est la raison pour laquelle je prends les éléments qui m'ont été communiqués avec beaucoup de précaution – je pense qu'on est là dans un cas très particulier. Je vais donc demander aux équipes du ministère de l'intérieur de reconsidérer la situation pour voir si nous pouvons infléchir cette décision.

En temps normal, lorsqu'il y a une demande de transfert de licence IV, le préfet ne peut s'y opposer que dans trois cas de figure : la méconnaissance de la législation relative aux zones protégées, le risque de trouble à l'ordre public ou le refus du maire de la commune concernée lorsqu'il n'y reste plus qu'une seule licence IV – ce qui, en l'occurrence, n'est pas le cas puisqu'il existe une autre licence IV dans le golf que vous avez évoqué. Même si vous avez précisé que ce golf ne se situe pas au cœur de la commune mais à sa périphérie, techniquement, il en fait bien partie.

Il reste toutefois les solutions habituelles, celles qui vous ont été suggérées, c'est-à-dire le transfert d'une licence IV d'une autre provenance, même si cela est toujours difficile à exécuter, ou l'ouverture d'une licence III pour qu'il y ait au moins un débit de boissons.

Sachez qu'au-delà de la réponse plus précise que nous allons essayer de vous apporter, le gouvernement réfléchit à une modification des règles, afin de faciliter l'obtention de dérogations pour la création de nouvelles licences de quatrième catégorie, notamment dans les communes de moins de 3 500 habitants, parce que c'est un enjeu important pour la vitalité de ces communes. Nous y sommes particulièrement sensibles et je suis sûr que vous serez attentif à l'avancée de ces travaux le moment venu.

Mme la présidente. La parole est à M. Frédéric Valletoux.

M. Frédéric Valletoux. Je vous remercie de votre réponse. J'ajoute que le maire a pris contact avec le préfet du Val-d'Oise pour faire valoir ses arguments et qu'il lui a été opposé une fin de non-recevoir. Je regrette cette froideur dont l'État fait parfois preuve face aux réalités locales.

Source : questions.assemblee-nationale.fr ↗

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