Maintien par l'Autorité palestinienne des paiements aux terroristes
Caroline YadanEPR
Députée — Français établis hors de France (8)
La question
Mme Caroline Yadan appelle l'attention de M. le ministre de l'Europe et des affaires étrangères sur la poursuite par l'Autorité palestinienne d'un système de versements financiers bénéficiant à des terroristes palestiniens condamnés ainsi qu'aux familles de terroristes palestiniens tués en commettant leurs actes terroristes. Un rapport du Département d'État des États-Unis d'Amérique, transmis au Congrès en application du Taylor Act et publié fin avril 2026, affirme que l'Autorité palestinienne continue à accorder des paiements et des avantages aux terroristes palestiniens et à leurs familles et ce, malgré l'engagement écrit pris en février 2025 par Mahmoud Abbas d'abroger officiellement ce système dit pay-for-slay. S'appuyant sur des données publiques fournies par le ministre israélien des affaires étrangères Gideon Sa'ar, le rapport américain met en évidence que l'Autorité palestinienne a versé, au cours de l'année 2025, un total de 156 millions de dollars en paiements et avantages aux terroristes palestiniens et à leurs familles. Sur ce montant, 126 millions de dollars avaient été versés aux terroristes palestiniens et aux prisonniers palestiniens libérés des prisons israéliennes, tandis que 30 millions de dollars avaient été attribués aux familles de terroristes morts en commettant des actes terroristes. Selon le rapport précité, ces versements continuent d'être effectués par plusieurs mécanismes, notamment par l'intermédiaire d'une nouvelle agence d'aide sociale dénommée Fondation nationale palestinienne pour l'autonomisation économique (PNEEI). Ainsi, contrairement à l'engagement pris par Mahmoud Abbas, réitéré auprès du Président de la République française avant la reconnaissance de l'État palestinien, l'Autorité palestinienne continuerait d'entretenir, sous une autre appellation, un système de compensation financière soutenant le terrorisme. Mme la députée rappelle par ailleurs que l'Union européenne (UE) est, depuis plusieurs années, le premier bailleur de fonds de l'Autorité palestinienne. En avril 2025, la Commission européenne a annoncé une enveloppe de 1,6 milliard d'euros pour la période 2025-2027, dont 620 millions d'euros de soutien budgétaire direct via le mécanisme PEGASE. L'essentiel des décaissements de l'UE est subordonné aux progrès réalisés par l'Autorité palestinienne sur les grandes réformes en matière de viabilité budgétaire, de gouvernance démocratique, de développement du secteur privé et d'infrastructures et de services publics. Mme la députée ajoute que les transferts financiers directs à l'Autorité palestinienne via le mécanisme PEGASE font partie des contrats financés par l'instrument européen pour le voisinage, le développement et la coopération internationale (NDICI), principal pilier du budget de l'action extérieure de l'UE. Or le règlement (UE) 2021/947 du Parlement européen et du Conseil du 9 juin 2021 établissant l'instrument de voisinage, de coopération au développement et de coopération internationale, prévoit expressément en son article 29 que « le financement de l'Union au titre de l'instrument ne soutient pas les actions ou les mesures qui peuvent déboucher sur des violations des droits de l'Homme dans les pays partenaires ». La Commission européenne a elle-même reconnu, en novembre 2025, « regretter qu'un récent versement ait été effectué aux familles de prisonniers sur la base d'un schéma antérieur », sans pour autant suspendre les décaissements. Dès lors, alors que la France a obtenu du président de l'Autorité palestinienne l'engagement de mettre fin à ce système de rémunération du terrorisme, que l'Union européenne a conditionné son aide financière à la mise en œuvre de réformes d'envergure et au respect des droits de l'homme et que le récent rapport du Département d'État américain tend à établir la persistance de ce système, elle lui demande s'il va reconnaître publiquement que les engagements pris par Mahmoud Abbas n'ont pas été respectés. Elle l'interroge également sur la nécessité de conditionner la poursuite du financement de l'Autorité palestinienne à l'abandon effectif et définitif de toute politique de rémunération liée à des actes de terrorisme ou d'incitation à la violence. Enfin, elle lui demande s'il compte procéder à la mise en place d'un audit indépendant des flux financiers et des comptes de l'Autorité palestinienne, afin de garantir la transparence, la traçabilité des fonds publics internationaux et leur conformité aux engagements pris par l'Autorité palestinienne.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 01/07/2026AUTORITÉ PALESTINIENNE
Mme la présidente. La parole est à Mme Caroline Yadan, pour exposer sa question, no 802, relative à l'Autorité palestinienne.
Mme Caroline Yadan. Un rapport du département d'État des États-Unis, publié fin avril 2026, affirme que l'Autorité palestinienne continue d'accorder des paiements et des avantages aux terroristes palestiniens et à leurs familles, et ce malgré l'engagement écrit, pris en février 2025 par Mahmoud Abbas, d'abroger officiellement ce système dit pay for slay – payer pour tuer. Selon ce rapport, l'Autorité palestinienne aurait versé, au cours de l'année 2025, un total de 156 millions de dollars en paiements et avantages aux terroristes palestiniens et à leurs familles.
Ces versements continueraient d'être effectués grâce à plusieurs mécanismes, notamment par l'intermédiaire d'une nouvelle agence d'aide sociale nommée Fondation nationale palestinienne pour l'autonomisation économique. Ainsi, contrairement à l'engagement pris par Mahmoud Abbas, réitéré auprès du président de la République française avant la reconnaissance de l'État palestinien, l'Autorité palestinienne continuerait d'entretenir, sous une autre appellation, un système de compensation financière soutenant le terrorisme.
L'Union européenne est le premier bailleur de fonds de l'Autorité palestinienne et une enveloppe de 1,6 milliard d'euros a été annoncée pour la période 2025-2027. Or, s’agissant de l’Autorité palestinienne, l'Union subordonne son aide financière à la mise en œuvre de réformes d'envergure, concernant notamment l’éducation à la haine. La Commission européenne a elle-même reconnu, en novembre 2025, « regretter qu'un récent versement ait été effectué aux familles de prisonniers sur la base d'un schéma antérieur », sans pour autant suspendre les décaissements.
Dès lors, la France compte-t-elle reconnaître publiquement que les engagements pris par Mahmoud Abbas n'ont pas été respectés et subordonner la poursuite de son financement de l'Autorité palestinienne à l'abandon effectif et définitif de toute politique de rémunération liée à des actes de terrorisme ou d'incitation à la violence ? Il est temps de garantir la transparence, la traçabilité des fonds publics internationaux et leur conformité aux engagements pris par l'Autorité palestinienne d'abandonner le financement de la terreur.
Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de la francophonie, des partenariats internationaux et des Français de l'étranger.
Mme Eléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la francophonie, des partenariats internationaux et des Français de l'étranger. En effet, dans sa lettre du 12 juin 2025 au président de la République Emmanuel Macron, le président Abbas s'est clairement engagé à réformer le système de versements aux prisonniers palestiniens, à leurs familles et aux familles des Palestiniens tués par les forces de sécurité israéliennes, ce système n'excluant pas les auteurs de crimes terroristes. Cet engagement du président Abbas, tout comme celui de réformer le contenu des manuels scolaires, marque la volonté de l'Autorité palestinienne de lutter contre le terrorisme et les discours de haine, ce qui est essentiel pour construire une paix durable. Les versements non autorisés qui ont eu lieu en octobre 2025, après l'annonce de la réforme, ont entraîné le limogeage du ministre des finances de l'Autorité palestinienne ; celle-ci a reconnu que des erreurs avaient été commises, assurant les avoir rectifiées.
Nous attendons les conclusions de l'audit de la réforme mené par un cabinet reconnu au plan international. Il devrait être rendu public dans les prochaines semaines. Tant que ces conclusions ne seront pas connues, nous resterons évidemment très prudents. D'après les premiers éléments dont nous disposons, communiqués par le Times of Israël, l'ancien système contesté aurait bien pris fin et les seuls versements restants relèveraient de mécanismes de protection sociale palestinienne exclusivement appliqués en fonction de critères de vulnérabilité. Nous restons évidemment mobilisés pour nous assurer que cette réforme essentielle sera bien mise en œuvre et que l'Autorité palestinienne tiendra ses engagements. Dans le cas contraire, il y aurait bien sûr des conséquences du point de vue de l'aide nationale et européenne versée.
Je tiens à rappeler plus largement que la France soutient l'Autorité palestinienne, qui doit être renforcée et réformée, ce que nous soulignons auprès de nos interlocuteurs. Il est impératif que le blocus financier imposé à l'Autorité palestinienne soit levé, comme l'a rappelé le ministre de l'Europe et des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. C'est dans l'intérêt des Palestiniens comme des Israéliens. Enfin, il faut impérativement que le droit international humanitaire soit respecté.
Mme la présidente. La parole est à Mme Caroline Yadan.
Mme Caroline Yadan. La société de conseil international Alvarez & Marsal n'a pas encore rendu son audit, en effet. Sa publication était, sauf erreur de ma part, prévue le 18 juin dernier et nous l'attendons avec impatience. Je vous remercie d'avoir précisé que la France restera extrêmement vigilante. Rémunérer la violence et le terrorisme, c'est évidemment y inciter et faire leur apologie de manière très concrète. Par ailleurs, Mahmoud Abbas s'était engagé sur deux autres points : l'organisation d'élections libres courant 2026, lesquelles n'ont pas eu lieu, et la réforme de l'éducation à la haine par la refonte des manuels scolaires, qui incitent au djihad et au martyre. Lorsqu'on enseigne à des enfants à haïr et à tuer dès le plus jeune âge, il n'en résulte rien de bon pour la paix. Je vous remercie donc de faire en sorte que la France soit tout aussi vigilante sur la question de la réforme des manuels scolaires.
Source : questions.assemblee-nationale.fr ↗
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