Difficultés économiques de la Ruralité
Hubert BrigandDR
Député — Côte-d'Or (4)
La question
M. Hubert Brigand appelle l'attention de M. le ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, chargé de l'industrie, sur les difficultés économiques rencontrées par les territoires ruraux et plus particulièrement par sa circonscription, confrontée à plusieurs fermetures successives d'entreprises (Valti, Volkswagen, Compreforme, etc.) et à une fragilisation croissante de l'emploi local. Dans ce contexte, il souhaite connaître les mesures concrètes que le Gouvernement entend mettre en œuvre pour soutenir l'industrie et l'emploi dans les zones rurales, favoriser l'implantation de nouvelles activités et accompagner les salariés concernés. Par ailleurs, il rappelle que le projet de construction d'un établissement pénitentiaire sur le territoire est soutenu depuis plus de quarante ans par les élus locaux et une large partie de la population, qui y voient une opportunité importante en matière d'emplois, d'activité économique et d'aménagement du territoire. Il s'interroge donc sur les raisons qui continuent de freiner la concrétisation de ce projet. Il lui demande quelles perspectives peuvent être envisagées pour répondre aux besoins de développement et de revitalisation de ce territoire rural.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 17/06/2026DIFFICULTÉS ÉCONOMIQUES DANS LES ZONES RURALES
Mme la présidente. La parole est à M. Hubert Brigand, pour exposer sa question, no 762, relative aux difficultés économiques dans les zones rurales.
M. Hubert Brigand. Ma question s'adresse au ministre de l'industrie.
Le 1er juin, à l'occasion du sommet Choose France, le président de la République a déclaré que cette édition permettrait d'attirer à elle seule près de 100 milliards d’euros d’investissements étrangers et de créer environ 15 000 emplois. Ce sont de belles promesses, de beaux engagements, des chiffres prometteurs, mais pour les territoires ruraux que je représente ici – ma circonscription est exclusivement rurale –, c'est toujours la même désillusion.
La France redouble certes d’efforts pour attirer des investisseurs étrangers, mais ce sont ces mêmes investisseurs qui choisissent la région parisienne ou les métropoles, où tout est plus cher, au détriment d'investissements en milieu rural.
Je dresse ce constat à la lumière de la situation de ma circonscription, où la liquidation d'une usine en 2025 a conduit au licenciement d'environ 120 salariés dans une commune de presque 5 000 habitants. Cette année, c'est le site de Compreforme qui a fermé ; il employait une cinquantaine de salariés. On continue de construire pour très cher en région parisienne alors qu'en province, nous disposons de grands bâtiments vides qui ne demandent qu'à être occupés. Ce phénomène n’est pas isolé, c’est une réalité à l’échelle nationale. Les plans sociaux des groupes Auchan et Michelin menacent à eux seuls presque 4 000 emplois.
Au sommet de Versailles, on nous a promis 15 000 emplois, probablement à La Défense, aux Champs-Élysées, en région parisienne, à Dunkerque ou à Fos-sur-Mer, mais pas en milieu rural, malheureusement. Le gouvernement continue de délaisser la ruralité. On nous laisse nous débrouiller avec nos emplois temporaires et précaires.
Comment comptez-vous mettre un terme à cette hémorragie ? Nous perdons des habitants ! On parle partout de la pénurie de logements, mais nous en avons de libres. Quels dispositifs permettraient d'inverser cette tendance au dépeuplement en faisant en sorte que les territoires ruraux continuent de vivre ? Quelles stratégies de réindustrialisation le gouvernement envisage-t-il pour venir au secours du monde rural ? Nous manquons d'emplois. Que comptez-vous faire pour enfin arrêter l’hémorragie industrielle qui submerge aujourd'hui nos campagnes ? Le gouvernement en est seul responsable. Que faire à présent pour arrêter d'entasser les entreprises dans les métropoles, ce qui coûte de l'argent, alors que nous disposons de bâtiments vides et que rien n'est cher en milieu rural ?
Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l'intelligence artificielle et du numérique.
Mme Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée de l'intelligence artificielle et du numérique. Vous appelez l'attention du gouvernement sur les difficultés économiques que connaît votre territoire et celles que rencontrent plus globalement les territoires ruraux. Le ministre délégué chargé de l'industrie, Sébastien Martin, qui ne peut pas être présent ce matin, m'a confié la responsabilité de vous répondre du mieux possible. Je rappellerai d'abord que l'industrie est un secteur structurant pour les territoires ruraux. Longtemps abordée sous un angle principalement sectoriel, notre politique industrielle intègre désormais davantage la dimension territoriale, tant l'industrie contribue à la vitalité économique et à l'attractivité de ces territoires – c'est d'ailleurs vrai pour tous les territoires.
Plus d'un tiers de l'emploi industriel français est aujourd'hui situé en zone rurale, ce qui représente 1,1 million d'emplois, soit près de 20 % de l'emploi dans les EPCI – établissements publics de coopération intercommunale – ruraux. Malgré les crises récentes, la création d'établissements industriels dans les territoires ruraux progresse de façon continue depuis 2016. Vous avez parlé des friches industrielles ; à la fin de la semaine dernière, j'ai eu la chance de me rendre dans la région de Lille pour l'inauguration de grands data centers qui sont implantés sur d'anciennes friches industrielles hors de la métropole lilloise.
Ces territoires font toutefois face à plusieurs défis – accès aux ressources, adaptation aux contraintes foncières, mais aussi recrutement et fidélisation des compétences. C'est pourquoi nous accompagnons les collectivités pour développer des solutions concrètes en matière de formation, de logement et de mobilité. Cette action s'appuie notamment sur le programme Territoires d'industrie, pérennisé en 2026, qui mobilise 183 chefs de projet pour accompagner des projets industriels au plus près du terrain. Nous sommes également pleinement engagés dans la simplification des procédures afin de mieux répondre aux besoins des entreprises et des territoires.
Enfin, je connais l'attente forte des élus et des habitants en ce qui concerne le projet d'établissement pénitentiaire qui pourrait s'implanter dans votre circonscription. Ce projet est actuellement étudié par le garde des sceaux, Gérald Darmanin, dont le cabinet est en lien avec vous.
Le gouvernement demeure pleinement mobilisé pour soutenir l'industrie, l'emploi et le développement de votre territoire.
Source : questions.assemblee-nationale.fr ↗
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