Fermeture de l'abattoir Charal de Sablé-sur-Sarthe
Élise LeboucherLFI-NFP
Députée — Sarthe (4)
La question
Mme Élise Leboucher attire l'attention de Mme la ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt sur la fermeture de l'abattoir Charal de Sablé-sur-Sarthe. Le 2 octobre 2024, lors de son comité de direction, le groupe Bigard a annoncé une réorganisation d'ampleur de ses activités d'abattage et de désossage de bovins. Pour justifier ce choix, le géant agroalimentaire s'appuie sur la baisse de la production et de consommation de viande, elles-mêmes liées à la chute du nombre d'agriculteurs et aux changements d'habitudes alimentaires de la population. Cette restructuration conduit à la fermeture de la ligne d'abattage bovine de l'usine Charal de Sablé-sur-Sarthe. Ces activités seront transférées dans quatre usines du groupe à Cherré-Au (72), La Châtaigneraie (85), Quimperlé (29) et Châteauneuf-sur-Sarthe (49). Le site sabolien ne conservera qu'une partie marginale de ses activités de désossage et sera transformé en plateforme logistique. Cette usine est pourtant un acteur essentiel pour l'économie locale avec 320 salariés. L'abattoir est un partenaire essentiel pour les éleveurs du secteur avec 1 400 bovins abattus chaque semaine, sans oublier le partenariat avec la fromagerie BEL, aussi située à Sablé-sur-Sarthe, pour l'abattage des vaches laitières. Cette fermeture menace 200 emplois. Le groupe Bigard s'appuie sur une clause de mobilité des salariés, ne leur laissant le choix qu'entre un reclassement vers un autre abattoir de la région ou un licenciement pour cause réelle et sérieuse en cas de refus. Il s'agit d'un véritable plan déguisé de licenciements et de mutations contraintes mis en œuvre dans un but strictement financier, au mépris des implications que cela emportera sur l'économie du territoire. La disparation de l'abattoir viendra notamment fragiliser davantage la situation de la filière bovine locale. Les éleveurs seront contraints de faire transporter leurs bétails vers des abattoirs plus éloignés, ce qui entraînera une hausse de leurs coûts de production. Les éleveurs de viande bovine souffrent déjà largement de la concurrence déloyale liée à l'importation de viandes étrangères de qualité moindre produites à bas-coût. Ils sont à ce sujet très inquiets de la probable signature à venir du traité avec les pays du Mercosur, qui ferait arriver sur le marché encore davantage de viandes étrangères, notamment en provenance du Brésil. Cette hausse des coûts de production supplémentaire liée à la fermeture de l'abattoir sabolien est donc une énième attaque portée à la viabilité économique de la filière. Le géant agroalimentaire Bigard domine de manière écrasante le secteur de l'abattage, de la transformation et de la vente de viandes. Depuis des années, par sa politique de rachat de l'ensemble des acteurs du secteur, il a écrasé l'ensemble de la filière en développant une politique de bas coûts au sein du marché français. Ce sont ces choix qui sont venus fragiliser la situation économique des éleveurs bovins, venant abaisser de manière de plus en plus importante le coût de revient et aggravant par la même occasion les difficultés de transmission des exploitations de moins en moins viables. Le groupe Bigard a pourtant fait en 2023 un bénéfice net de 5,5 milliards d'euros et touche depuis 2014 des millions d'euros de crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) chaque année. Il voudrait maintenant faire payer les conséquences de ces choix économiques néfastes à ses salariés et aux éleveurs locaux. Cette décision du groupe est donc parfaitement inacceptable. Elle l'interroge sur les actions ministérielles qu'elle entend mener pour protéger les salariés de l'industrie agroalimentaire et les éleveurs de la filière bovine de cette politique de prédation économique du groupe Bigard.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 01/09/2026Le secteur de l'élevage bovin est stratégique en France, pour l'alimentation, la souveraineté alimentaire et pour les externalités positives qu'il peut générer (entretien des espaces et des paysages, fertilisation organique, économie des territoires, etc.). Il est néanmoins confronté à de forts enjeux liés à la décapitalisation progressive du cheptel et donc son potentiel de production. Ce phénomène s'explique par de multiples facteurs économiques et démographiques : un important flux de départ en retraite des éleveurs bovins, une intensité capitalistique qui freine les installations, une attractivité déclinante. En conséquence, les exploitations spécialisées en élevage bovin ont diminué de 25 % entre 2010 et 2020, et tous les maillons de la filière bovine se retrouvent durement impactés économiquement, y compris les abattoirs qui sont pour la plupart en surcapacité de production et n'ont pas la trésorerie nécessaire pour renouveler les équipements vieillissants. Face à ce constat, le plan France Relance a instauré en 2020 une mesure visant à soutenir la modernisation des abattoirs grâce à des investissements matériels ou immatériels dans les outils d'abattage sur le territoire national, notamment pour améliorer la protection animale et les conditions de travail des opérateurs. Ce plan de modernisation des abattoirs a été doté d'une enveloppe de 115 millions d'euros et a rapidement rencontré un vif succès : sur les 181 abattoirs retenus et qui ont bénéficié d'une aide au titre de cet appel à projets, 84 concernent des abattoirs multi-espèces et 17 concernent des abattoirs spécialisés en bovin. Ce plan de modernisation des abattoirs a également pour rôle clé de soutenir les projets valorisant les produits des filières de proximité, pour conforter les activités d'élevage dans l'ensemble du territoire. Dans le cadre de la stratégie abattoirs impulsée en juillet 2023 par le ministère chargé de l'agriculture, en association avec les professionnels et les collectivités territoriales, chaque direction régionale du ministère est chargée de conduire un diagnostic visant à évaluer l'adéquation entre le besoin et l'offre en matière d'abattage, afin de préserver un maillage pertinent des abattoirs et ainsi garantir la pérennité des filières d'élevage. La conclusion du diagnostic des Pays de la Loire soulignait un besoin de restructuration des outils d'abattage de bovins inévitable à court terme : en effet, les sites d'abattage de la région affichaient déjà en 2020 un niveau de saturation faible. Fin 2023, des outils ne fonctionnaient que quatre jours sur cinq. Compte tenu de la baisse des cheptels, le taux de saturation des abattoirs est estimé par l'étude à 56 % à l'horizon 2030, très en dessous d'une activité rentable pour un secteur qui emploie beaucoup de main-d'œuvre et mobilise des capitaux importants. Compte tenu du positionnement géographique de l'abattoir de Charal, à Sablé-sur-Sarthe, la fermeture du site ne se traduit globalement pas par un allongement significatif des distances parcourues par les bovins abattus. S'agissant de la dimension salariale, le groupe Bigard a indiqué avoir promu le reclassement interne de ses salariés dans ses différents sites.
Source : questions.assemblee-nationale.fr ↗
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