Canal du Nord
Matthieu MarchioRN
Député — Nord (16)
La question
M. Matthieu Marchio attire l'attention de M. le ministre des transports sur les conséquences économiques des interruptions de navigation sur le canal du Nord résultant des travaux de réalisation du canal Seine-Nord Europe, dont le nouveau tracé emprunte en partie celui de l'ouvrage existant. Dans son rapport public thématique du 10 avril 2026, « La construction du canal Seine-Nord Europe et ses conséquences », la Cour des comptes relève que la fermeture du canal du Nord pendant environ deux ans « pourrait fragiliser les bateliers français », en les contraignant à adapter leur activité et en faisant perdre à certains transporteurs, utilisateurs actuels de l'ouvrage, l'habitude du recours au mode fluvial. Elle recommande en conséquence à la Société du canal Seine-Nord Europe, à M. le ministre et à Voies navigables de France d'élaborer dès 2026, avec les usagers du réseau fluvial des Hauts-de-France, un plan d'adaptation à cette fermeture provisoire. Or les usagers sont déjà confrontés à des interruptions de navigation. Le canal du Nord a été fermé du 2 mars au 5 avril 2026 dans le cadre des travaux, après un premier chômage conduit par Voies navigables de France du 18 septembre au 16 octobre 2023. Ces interruptions sont intervenues alors que le Gouvernement indiquait que la fermeture partielle n'interviendrait qu'à l'horizon 2029-2030 pour une durée d'environ dix-huit mois. Les informations désormais disponibles apparaissent toutefois contradictoires. Le 28 janvier 2026, l'organisation professionnelle Entreprises fluviales de France a indiqué que la coupure préalable à la mise en eau était désormais évaluée entre 20 et 22 mois et présentée comme résultant de contraintes budgétaires et non de seules nécessités techniques. La Cour des comptes retient pour sa part une durée d'environ deux ans. Enfin, la Société du canal Seine-Nord Europe a indiqué le 13 avril 2026 que la démarche engagée avec la direction générale des infrastructures, des transports et de la mer et Voies navigables de France l'avait été en 2025, « six ans avant l'échéance annoncée », ce qui situerait cette coupure en 2031. Ni sa date, ni sa durée, ni son périmètre géographique ne sont donc clairement établis. Cette incertitude est loin d'être sans conséquences. La Cour des comptes rappelle que les études conduites entre 1984 et 1993 avaient écarté l'aménagement du canal du Nord existant en raison, précisément, de l'interruption du trafic qu'il aurait imposée, la construction d'une liaison neuve présentant l'avantage de ménager la continuité de la navigation. Une coupure de vingt mois ou davantage prive ainsi le projet de l'un des avantages qui avaient fondé son choix. Les chargeurs, notamment des filières céréalières, des matériaux de construction et des engrais, redoutent désormais un report durable vers la route. Ces interrogations interviennent alors que la Cour des comptes évalue le coût final du projet à 7,3 milliards d'euros hors taxes courants, contre 3,5 à 4 milliards dans les estimations initiales, relève un besoin de financement résiduel de 2,23 milliards d'euros hors frais financiers et retient un coût financier de l'ordre de 1 à 3 milliards d'euros au titre de l'emprunt de bouclage. Il lui demande de dresser le bilan des interruptions de navigation déjà intervenues dans le cadre du chantier, en précisant leur durée cumulée, les tonnages concernés et la part des trafics revenus à la voie d'eau après chaque interruption. M. le député demande également à M. le ministre de préciser le calendrier désormais retenu jusqu'à la mise en service du canal Seine-Nord Europe, la nature juridique de la coupure à venir, sa durée, son périmètre, les raisons des écarts entre les annonces successives et les mesures étudiées pour en réduire la durée. Il souhaite également connaître les conclusions de l'étude d'impact présentée aux professionnels en février 2026, savoir si le plan d'adaptation recommandé par la Cour des comptes est désormais arrêté, selon quel calendrier il sera publié, quelles mesures d'accompagnement sont prévues pour les artisans bateliers, les entreprises fluviales, les chargeurs et les ports intérieurs, notamment en matière d'indemnisation ou de droits de navigation, sur quel fondement juridique et sur quels crédits et connaître le devenir des sections du canal du Nord qui ne seront pas intégrées au nouveau tracé ainsi que des entreprises qui y sont implantées. Il lui demande enfin si la conférence de financement recommandée par la Cour des comptes sera réunie avant la fin de l'année 2026.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 08/09/2026La réalisation du canal Seine-Nord Europe (CSNE), maillon central et manquant de la liaison à grand-gabarit Seine-Escaut, impose une interruption de la navigation sur le canal du Nord, localisée sur un secteur où les deux tracés se recoupent, et fermant la navigation au transit Nord-Sud. Initialement envisagée en 2029, la fermeture au transit est programmée par la Société du canal Seine-Nord Europe (SCSNE), société de projet chargée de la réalisation des ouvrages, à compter de mars 2031 pour une durée estimée entre 20 et 22 mois. Cette durée est liée, à parts quasi égales, aux travaux de réalisation de cette section du canal et aux essais de sûreté hydraulique avant la mise en eau intégrale et l'ouverture du canal à la navigation. La navigation sera toutefois maintenue sur les sections nord et sud de la coupure, notamment entre le canal de la Sensée et Marquion au nord, et entre Feuillaucourt et le canal latéral à l'Oise au sud. Pleinement conscient des enjeux pour la filière fluviale, le Gouvernement a mis en place dès février 2025 un comité d'échanges avec l'ensemble des acteurs, ainsi que depuis février 2026 un comité de suivi restreint trimestriel associant Voies navigables de France (VNF), la SCSNE et les représentants des usagers de la voie d'eau (Entreprises fluviales de France, Union des entreprises transport et logistique de France, Association des utilisateurs de transport de fret). L'objectif est de définir un plan d'adaptation robuste et adapté aux problématiques des chargeurs et bateliers trois ans avant l'échéance de la fermeture effective au transit. Les solutions alternatives au canal du Nord font l'objet d'un travail approfondi prévu de se poursuivre tout au long de l'année 2026. A cet égard, les solutions proposées lors du dernier arrêt de navigation, en mars 2026, lié à la création d'un quai fluvial utile à l'usage de la voie d'eau pour le chantier, ont confirmé la pertinence du travail mené sur un itinéraire de substitution partiel. Le canal de Saint-Quentin a en effet absorbé 160 voyages et plus de 31 500 tonnes, soit 15 % du tonnage mensuel habituel du canal du Nord. Ces fermetures pour de tels plages travaux, bien anticipées et communiquées aux acteurs, n'ont pas d'effet baissier sur la part modale du fluvial. Un travail fin permettra d'offrir des solutions individualisées à chaque flux de marchandises pour la période de fermeture au transit, nécessairement bien plus longue et impactante. Enfin, s'agissant du bouclage du financement des travaux, en phase avec les conclusions du rapport de la Cour des comptes sur le Canal Seine-Nord Europe, l'État poursuit avec les collectivités le travail d'identification des ressources nécessaires au financement de l'emprunt de bouclage et veillera, avec l'ensemble de ses partenaires, à définir un cadre budgétaire soutenable et sécurisé pour la réalisation du projet.
Source : questions.assemblee-nationale.fr ↗
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