Renforcement du dépistage organisé du cancer du sein
Marie-Pierre RixainEPR
Députée — Essonne (4)
La question
Mme Marie-Pierre Rixain attire l'attention de Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées sur le nécessaire renforcement du dépistage organisé du cancer du sein. Mis en place à l'échelle nationale en 2004, ce dispositif constitue le principal pilier de la politique de prévention de cette pathologie. Il repose sur une prise en charge intégrale par l'assurance maladie des actes nécessaires tous les deux ans, une double lecture systématique des mammographies et un suivi médical structuré. Son efficacité apparaît néanmoins fragilisée par un taux de participation insuffisant, inférieur à la moitié de la population cible des femmes âgées de 50 à 74 ans et en recul constant. Ainsi, seules 44 % des femmes concernées ont participé au dépistage organisé en 2024, contre 52,3 % en 2011. Le rapport de la Cour des comptes publié en février 2026 met en lumière des inégalités territoriales et sociales persistantes qui entravent l'accès effectif à ce dispositif, notamment en raison de délais parfois importants pour l'obtention de rendez-vous et d'une offre de soins inégalement répartie sur le territoire. Une situation qui soulève des interrogations alors même que la participation des centres d'imagerie, pourtant essentiels à la réalisation des examens, repose aujourd'hui sur le volontariat. De plus, la Cour des comptes souligne la coexistence d'un dépistage individuel, qui ne bénéficie pas des mêmes garanties de qualité et peut donner lieu à des dépassements d'honoraires. Cette dualité introduit une forme de concurrence susceptible de fragiliser l'efficience du dispositif organisé. Or le dépistage du cancer du sein constitue un enjeu majeur de santé publique. Ce cancer touche une femme sur huit au cours de sa vie et est responsable de près de 12 000 décès chaque année. Pourtant, la précocité du diagnostic est déterminante pour les chances de survie : celles-ci atteignent 99 % en cas de détection précoce, contre seulement 26 % lorsque la maladie est diagnostiquée à un stade avancé, selon les données de l'Institut national du cancer. Aussi, elle lui demande quelles actions le Gouvernement entend mettre en œuvre afin d'accroître la participation des femmes âgées de 50 à 74 ans au dépistage organisé.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 25/08/2026Avec environ 61 000 nouveaux cas en 2023 et 12 000 décès estimés en 2023, le cancer du sein est, en France, le plus fréquent des cancers chez la femme et la première cause de décès par cancer. La prévention du cancer du sein est donc un enjeu majeur pour le ministère chargé de la santé. Le programme national de Dépistage organisé du cancer du sein (DOCS), mis en œuvre depuis 2004, permet de détecter précocement et de réduire la mortalité du cancer du sein. Ce dépistage a pour cible toutes les femmes âgées de 50 à 74 ans à risque moyen qui sont invitées, tous les 2 ans, à réaliser un examen clinique des seins et une mammographie de dépistage dans un centre d'imagerie médicale agréé. Ces examens de dépistage sont pris en charge à 100 % par l'Assurance maladie. Une seconde lecture systématique est réalisée en cas d'absence d'anomalie à la première lecture des clichés. Selon Santé Publique France, le taux de participation de la population cible est estimé à 46,3 % pour la période 2023-2024 contre 46,7 % pour la période 2022-2023. Une partie des femmes de la population cible, estimée à environ 10 %, a recours à un dépistage hors programme. De nombreuses régions font part de problèmes de démographie médicale impliquant un allongement des délais de réalisation du dépistage. Le ministère chargé de la santé a publié, en janvier 2024, une feuille de route « dépistages organisés des cancers 2024-2028 », élaborée en lien avec l'institut national du cancer et la Caisse nationale d'assurance maladie (CNAM) qui met l'accent sur l'aller-vers et porte notamment une action sur l'amélioration de l'accès au dépistage avec la poursuite des expérimentations et études sur les équipes mobiles en vue d'évolution des dépistages organisés le cas échéant. En cohérence, la seconde feuille de route 2026-2030 de la stratégie décennale de lutte contre les cancers prévoit la diversification des entrées et modalités d'accès afin de multiplier les propositions et opportunités de dépistage ainsi que l'évaluation des approches d'aller-vers en dépistage. Le programme prévoit d'ores et déjà la possibilité d'utilisation d'une unité mobile en cas d'éloignement de certaines parties du département de tout cabinet de radiologie en vue de favoriser l'accès à la mammographie de dépistage. Le cahier des charges du DOCS, annexé à l'arrêté du 16 janvier 2024 relatif aux programmes de dépistage organisé des cancers, dispose qu'en l'absence de radiologue, le dispositif doit rester exceptionnel du fait de l'impossibilité d'interpréter les clichés extemporanément, de réaliser des incidences complémentaires si besoin, et de réaliser des examens de diagnostic immédiat en cas de mammographie positive. Toutefois, ce dispositif peut être accepté dans certaines régions sous réserve de la justification géographique locale et à condition qu'un médecin, nécessairement formé à la radioprotection, soit présent pour interroger la personne et l'examiner, et sous réserve que l'unité mobile soit soumise aux mêmes exigences de contrôle de qualité que les autres mammographes. C'est dans ce cadre que le ministère suit avec attention les résultats de l'étude « mammobile » conduite en Normandie. De plus, conformément à l'arrêté du 16 janvier 2024, la CNAM met désormais en œuvre des actions d'aller-vers individuelles et réalise des appels téléphoniques individualisés ciblant un public éloigné du soin pour inciter les personnes à participer au DOCS et les accompagner dans la prise de rendez-vous. Enfin, à la suite de la publication en janvier 2026 du rapport de la Cour des comptes sur la prévention et la prise en charge du cancer du sein, les recommandations préconisées pourraient permettre d'augmenter la participation des professionnels et des femmes au DOCS ainsi que la qualité du programme en lien avec la feuille de route dépistages organisés des cancers et la stratégie décennale de lutte contre les cancers. Le ministère en charge de la santé étudie actuellement les possibilités pour impulser de nouvelles actions en faveur d'une augmentation de la participation au DOCS.
Source : questions.assemblee-nationale.fr ↗
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