Pour un blocage des prix des produits essentiels de santé sexuelle
Bastien LachaudLFI-NFP
Député — Seine-Saint-Denis (6)
La question
M. Bastien Lachaud interroge Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées sur les conséquences, pour la santé publique, des répercussions internationales du conflit en Iran sur l'approvisionnement et l'accessibilité financière des préservatifs. Depuis le déclenchement du conflit à la fin du mois de février 2026 et les perturbations affectant le détroit d'Ormuz, plusieurs acteurs industriels du secteur ont signalé une hausse brutale des coûts de production et de transport des préservatifs. Le groupe malaisien Karex, premier producteur mondial avec plus de cinq milliards d'unités fabriquées chaque année, a notamment annoncé une augmentation prochaine de ses tarifs de 20 à 30 %, en raison du renchérissement des matières premières issues de la pétrochimie, des lubrifiants, des matériaux d'emballage ainsi que de l'allongement des délais logistiques. Ces évolutions font peser un risque sérieux sur l'accessibilité économique de ces produits en France, tant pour les particuliers que pour les dispositifs publics de prévention et d'approvisionnement. Or les préservatifs constituent un instrument essentiel de santé publique, en ce qu'ils demeurent le seul moyen de contraception permettant simultanément la prévention des infections sexuellement transmissibles et des grossesses non planifiées. Dès lors, leur disponibilité continue, leur accessibilité tarifaire et leur diffusion effective sur l'ensemble du territoire relèvent d'un impératif sanitaire majeur. Toute augmentation significative de leur coût est susceptible de remettre en cause les politiques publiques de gratuité ou de remboursement, d'accroître les charges pesant sur les structures sanitaires, sociales et associatives et, à terme, de réduire leur utilisation, en particulier parmi les jeunes, les publics précaires et les populations les plus exposées. Dans un contexte où la lutte contre les infections sexuellement transmissibles, la prévention en santé sexuelle, la garantie effective des droits sexuels et reproductifs et la réduction des risques constituent des priorités constantes de santé publique, cette situation appelle une vigilance immédiate ainsi qu'une réponse anticipée de l'État. À cet égard, M. le député rappelle que l'article L. 410-2, alinéa 3, du code de commerce habilite le Gouvernement à réglementer temporairement les prix par décret en Conseil d'État, en cas de crise, de perturbations graves des marchés ou de circonstances exceptionnelles. Ce dispositif a déjà été mobilisé avec succès durant la pandémie de covid-19, afin de bloquer les prix des gels hydroalcooliques et des masques de protection, produits alors devenus essentiels à la protection de la santé publique et exposés à des phénomènes spéculatifs comparables à ceux qui se dessinent aujourd'hui pour les préservatifs. Le recours à ce mécanisme légal constituerait une réponse proportionnée, immédiatement opérationnelle et juridiquement fondée, permettant de prévenir toute dérive tarifaire susceptible de compromettre l'accès universel à ces biens de première nécessité sanitaire. Il lui demande en conséquence quelles mesures d'urgence elle entend mettre en œuvre afin de garantir la stabilité des prix, y compris par l'activation du mécanisme de blocage prévu à l'article L. 410-2, alinéa 3, du code de commerce, de sécuriser les capacités nationales d'approvisionnement, de préserver les dispositifs de gratuité et de remboursement existants et d'assurer la continuité d'accès aux préservatifs sur l'ensemble du territoire. Il l'interroge également sur l'existence d'une stratégie, à court, moyen et long terme, visant à sécuriser durablement les chaînes d'approvisionnement françaises en produits essentiels de santé sexuelle, à renforcer la souveraineté sanitaire et industrielle nationale et européenne dans ce domaine et à réduire la dépendance à des chaînes d'approvisionnement extérieures particulièrement exposées aux crises géopolitiques, énergétiques et logistiques, afin de prémunir durablement la France contre toute rupture ou dégradation de l'accès à ces biens de première nécessité sanitaire.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 25/08/2026Le Gouvernement partage pleinement la vigilance exprimée quant aux conséquences que les tensions géopolitiques récentes peuvent faire peser sur l'approvisionnement en matières premières et sur le coût de fabrication des dispositifs médicaux. À ce stade, ces tensions ne se traduisent pas, en France, par des ruptures d'approvisionnement, mais elles font l'objet d'un suivi rapproché par les services de l'État, en lien avec les opérateurs économiques et les agences sanitaires. Par ailleurs, plusieurs leviers sont d'ores et déjà activés pour sécuriser les approvisionnements : - un dialogue renforcé avec les industriels et les distributeurs afin d'anticiper les tensions et d'éviter toute rupture ; - la diversification des sources d'approvisionnement au niveau européen. Le Gouvernement est particulièrement attentif à la préservation de l'accessibilité économique des préservatifs, qui constituent un levier fondamental de la politique de santé sexuelle, tant pour la prévention des infections sexuellement transmissibles que dans un objectif de contraception. S'agissant de la régulation des prix, le Gouvernement rappelle que le recours aux dispositions de l'article L. 410-2 du code de commerce constitue un outil exceptionnel, mobilisable en cas de dérive avérée ou de dysfonctionnement caractérisé du marché. À ce stade, aucune augmentation excessive ou spéculative des prix sur le territoire national n'est constatée. Le Gouvernement demeurera pleinement mobilisé pour anticiper toute dégradation de la situation et prendre, le cas échéant, les mesures nécessaires afin de garantir, sur l'ensemble du territoire, l'accès effectif aux préservatifs, dans des conditions compatibles avec les impératifs de santé publique.
Source : questions.assemblee-nationale.fr ↗
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