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Question écrite ✓ Répondue le 01/09/2026 outre-mer

Inadaptation du dispositif des CEE aux réalités économiques de la Guyane

Posée le 03/03/2026 · Ministère interrogé : Ministère de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature

Jean-Victor Castor Jean-Victor CastorGDR Député — Guyane (1)

La question

M. Jean-Victor Castor attire l'attention de Mme la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature sur sur les conséquences particulièrement préoccupantes du dispositif des certificats d'économies d'énergie (CEE) en Guyane, notamment dans la perspective de l'entrée en vigueur de la sixième période (2026-2030). Si les objectifs nationaux en matière de transition énergétique peuvent être entendus, leur déclinaison uniforme sur des territoires aux réalités profondément différentes soulève de graves difficultés. Le décret n° 2025-1048 du 30 octobre 2025 prévoit en effet une augmentation substantielle des obligations pour la période 2026-2030, fixées à 1050 TWhc par an, contre 825 TWhc lors de la période précédente, soit une hausse de 27 %. Cette évolution se traduira mécaniquement par une augmentation du coût des carburants. En Guyane, où la mobilité thermique demeure indispensable faute d'alternatives crédibles, cette hausse aura des effets directs et massifs sur le pouvoir d'achat. Selon les estimations des distributeurs énergétiques locaux, la part des CEE intégrée dans le prix à la pompe pourrait passer de 7,8 centimes actuellement à 10 voire 12 centimes par litre hors taxe dans un premier temps, avec une projection pouvant atteindre 25 à 27 centimes à plus long terme. Dans un territoire déjà confronté à un coût de la vie structurellement élevé, cette perspective est particulièrement alarmante. Cette situation est d'autant plus incompréhensible que la Guyane bénéficie très marginalement - voire pas du tout - des projets financés par les CEE. Les critères d'éligibilité actuels semblent conçus principalement pour les réalités de l'Hexagone et ne tiennent pas compte des spécificités territoriales, climatiques et infrastructurelles de la Guyane. Les Guyanais contribuent ainsi à un mécanisme dont ils ne retirent pratiquement aucun bénéfice tangible. Il ne saurait être acceptable que la Guyane subisse une double peine : financer un dispositif national inadapté à ses réalités tout en supportant une hausse significative du coût des carburants, alors même que ces derniers constituent un besoin essentiel et non une variable d'ajustement. Dans ces conditions, le Gouvernement entend-il mettre en place des adaptations spécifiques et des investissements ciblés garantissant un retour effectif des CEE sur le territoire ? Des mesures exceptionnelles sont-elles prévues pour protéger les Guyanais d'une aggravation du coût de la vie ? Il lui demande enfin si, à défaut d'une réforme structurelle du dispositif, le Gouvernement envisage clairement le retrait de la Guyane du mécanisme des certificats d'économies d'énergie, dont les effets apparaissent manifestement disproportionnés et inéquitables au regard des réalités locales.

✓ Réponse du gouvernement

Publiée le 01/09/2026
Le gouvernement est très attentif à l'évolution du coût des carburants et son lien avec le dispositif des CEE, et ce particulièrement en outre-mer. Si la hausse en 6ème période de 25 % du niveau d'obligation peut théoriquement influer sur la hausse sur le prix des carburants, le fait que d'importants nouveaux gisements CEE soient ouverts, notamment dans les secteurs des transports ou de l'industrie, signifie un effet à la baisse. L'effet sur les prix dépend des stratégies mises en œuvre par chacun des énergéticiens, qui sont en concurrence et qui ont intérêt à remplir leur obligation au moindre coût pour eux et donc pour leurs clients finaux. De plus, il convient de mettre en lumière les économies d'énergie générées par le dispositif des CEE. L'effet sur les prix de l'énergie est compensé, au moins partiellement, par une baisse des consommations. En prenant en compte l'ensemble des secteurs couverts par les CEE, les économies d'énergie générées par le dispositif des CEE apportent un bilan économique positif pour les consommateurs, en complément des effets induits sur l'économie, les filières vertes et l'environnement. Enfin, les ménages en situation de précarité énergétique, pour lesquels une enveloppe minimale est réservée, bénéficient en moyenne davantage du dispositif par les économies d'énergie générées qu'ils n'y contribuent au travers de leur facture d'énergie. Par ailleurs, il convient également de souligner que la Guyane, qui représente 0,16 % de la consommation finale énergétique de la France, représente 0,23 % du total de CEE délivré en France pour des opérations standardisées sur la période 2022-2024. Ainsi et selon ces données, la Guyane bénéficie davantage du dispositif qu'elle n'y contribue. De façon plus générale, en outre-mer, conformément à l'article L. 221-5 du code de l'énergie, les coûts liés à l'accomplissement des obligations CEE s'attachant aux ventes à des clients, qui bénéficient de tarifs de vente d'énergie réglementés, sont pris en compte dans les évolutions tarifaires. Aussi, les coûts liés au dispositif des CEE sont répercutés dans les prix réglementés de vente du fioul domestique et des carburants appliqués en outre-mer selon une méthode de calcul qui est explicitée dans une note technique de l'État. Afin de limiter l'impact du coût du dispositif sur la facture énergétique en outre-mer, le coût du dispositif est, pour moitié, déterminé par cette note technique selon un prix fixe des CEE, sensiblement inférieur au prix du marché (6 €/MWhc pour les CEE classique et 8 €/MWhc pour les CEE précarité). De plus, les acteurs obligés de ces territoires bénéficient d'un accès privilégié aux programmes CEE depuis le 1er janvier 2026, qui leur permet d'acquérir des CEE à bas coûts avec la certitude d'être retenus contrairement aux autres obligés. Les premiers appels à financeurs lancés pour des programmes en 6ème période ont ainsi vu la plupart des obligés vendeurs de carburant en outre-mer se mobiliser, y compris en Guyane. En complément, le gouvernement précise que les outre-mer bénéficient d'une bonification spécifique : les CEE délivrés pour une opération en outre-mer sont systématiquement multipliés par un facteur 2 lorsqu'il n'existe pas déjà une bonification plus élevée pour la fiche. Cette bonification spécifique tient compte du coût de la vie qui y est plus important que sur le territoire hexagonal et y favorise les opérations d'économies d'énergie bénéficiant aux consommateurs. Enfin, en complément des fiches "coups de pouce" à l'acquisition de véhicules électriques, un loueur privé distribue l'édition 2026 du dispositif de leasing social en Guyane.

Source : questions.assemblee-nationale.fr ↗

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