Sur la diffusion massive de contenus masculinistes
Bastien LachaudLFI-NFP
Député — Seine-Saint-Denis (6)
La question
M. Bastien Lachaud interroge Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées, sur la diffusion massive de contenus masculinistes et de références issues de la culture du viol auprès des jeunes hommes, ainsi que sur leurs conséquences sanitaires, sociales et politiques. À l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, l'association Sidaction alerte sur une « montée spectaculaire » de discours masculinistes sur les réseaux sociaux, diffusant des représentations sexualisées de domination masculine et de violences sexistes et sexuelles. Selon un sondage OpinionWay associé à cette campagne, 37 % des jeunes hommes de 16 à 34 ans consultent de tels contenus et 51 % de ceux âgés de 25 à 34 ans estiment que les influenceurs masculinistes « disent enfin la vérité ». Plus de la moitié des sondés juge également que les hommes seraient trop souvent accusés de violences sexuelles ou qu'il est essentiel d'être « viril ». Ces croyances, d'après Sidaction, déstabilisent profondément la culture du consentement et encouragent des prises de risques, dans un contexte où les découvertes de séropositivité bondissent chez les 15-24 ans. Les effets de ces discours s'entremêlent à d'autres phénomènes préoccupants signalés par les professionnels de santé mentale et sexuelle. De nombreux psychologues soulignent que l'exposition précoce à ces contenus, parfois dès l'âge de 12 ou 13 ans, façonne durablement les représentations du désir et peut entraîner une sexualité déconnectée de la relation à autrui, parfois marquée par la honte, la confusion ou le sentiment d'être devenu dépendant de scénarios violents. Une part croissante de cette génération dit ainsi vouloir se détacher d'imaginaires façonnés par la culture du viol, tout en peinant à s'en affranchir seule. Ces phénomènes s'ajoutent à une situation sanitaire préoccupante. Le Conseil national du sida et des hépatites virales alerte sur une « remobilisation urgente » nécessaire des pouvoirs publics, alors que la réduction des financements consacrés à la lutte contre le VIH, en France comme à l'international, fragilise des acquis obtenus depuis quarante ans. La dégradation des moyens dédiée à la prévention, combinée à l'influence de discours masculinistes niant l'importance du consentement et minimisant les risques sexuels, crée un contexte propice à l'explosion des comportements à risque, notamment dans les tranches d'âge les plus exposées. Au-delà des enjeux strictement sanitaires, ces signaux soulèvent également des interrogations sur la politique d'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle. Sidaction juge « urgent » de renforcer ces enseignements, dont l'application est aujourd'hui très inégale sur le territoire, alors même qu'ils constituent l'un des rares espaces permettant de déconstruire les normes toxiques, de promouvoir des relations fondées sur le respect et d'équiper les jeunes face aux contenus en ligne qui structurent leurs représentations. Il lui demande donc quelles mesures elle entend prendre pour contrer la diffusion de contenus masculinistes et de scénarios inspirés de la culture du viol qui mettent en danger la santé sexuelle des jeunes hommes, comment il compte garantir un accès effectif et renforcé à l'éducation à la vie affective et sexuelle et quelles actions il envisage pour remobiliser les financements nécessaires à la prévention du VIH dans un contexte de fragilisation alarmante du secteur.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 01/09/2026Le Gouvernement partage pleinement les préoccupations exprimées quant à la diffusion de contenus masculinistes et de représentations banalisant les violences sexistes et sexuelles auprès des jeunes, ainsi qu'à leurs conséquences sur la santé sexuelle, les relations affectives et l'adhésion aux principes fondamentaux du consentement et de l'égalité entre les femmes et les hommes. Depuis près de dix ans, la stratégie nationale de santé sexuelle 2017-2030 a permis de structurer une politique publique plus cohérente, plus lisible et plus accessible. Cette stratégie a placé les jeunes au centre des priorités en matière de prévention. Elle a notamment permis la création en 2021 d'une campagne nationale de prévention, la semaine de la santé sexuelle, pilotée chaque année par le ministère chargé de la santé. Organisée début juin 2026, cette initiative s'adresse à l'ensemble de la population et a pour objectif la sensibilisation à l'ensemble des thématiques liées à la santé sexuelle avec une attention portée aux publics les plus vulnérables, notamment les jeunes. Cette année, pour sa cinquième édition, elle a eu lieu du 1er au 7 juin 2026. D'autres avancées importantes ont été réalisées face aux enjeux cités, notamment la montée en puissance de l'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle. Ainsi, le programme d'Éducation à la vie affective et relationnelle (EVAR) et d'Éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité (EVARS) a été publié au Bulletin officiel en février 2025 et mis en œuvre depuis la rentrée scolaire de septembre 2025. Ce programme EVAR / EVARS vise à établir un cadre structuré et opérationnel à un enseignement en milieu scolaire, adapté à chaque niveau, fondé sur les valeurs de respect, d'égalité, de lutte contre les discriminations et de promotion d'une culture du consentement. Ce programme constitue un levier essentiel pour permettre aux jeunes de développer leur esprit critique face aux contenus auxquels ils sont exposés, notamment sur les réseaux sociaux, ainsi que de promouvoir des relations affectives et sexuelles fondées sur le respect mutuel. Il a pour objectif également de contribuer à la prévention des violences sexistes et sexuelles, ainsi qu'à la promotion de la santé sexuelle. En plus de ce programme, le Gouvernement s'est mobilisé pour créer un environnement propice à l'accès à une information fiable pour toutes et tous. Santé publique France déploie depuis de nombreuses années, sous l'égide du ministère de la santé, plusieurs dispositifs à destination des jeunes, dont OnSEXprime.fr, créé en 2009, dispositif d'éducation à la sexualité à destination des adolescents de 11 à 18 ans. Il vise à apporter des réponses validées scientifiquement, avec un vocabulaire adapté. Le Gouvernement poursuivra ses efforts, notamment avec la prochaine feuille de route déclinant la stratégie nationale de santé sexuelle, dont l'une des orientations stratégiques est de renforcer la prévention et la promotion de la santé sexuelle auprès des jeunes et des publics vulnérables. Cet objectif converge également vers notre stratégie nationale contre la désinformation en santé, dont le lancement a été effectué en janvier 2026.
Source : questions.assemblee-nationale.fr ↗
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