Terminal de croisière écologique et d'économie locale à Marseille
Manuel BompardLFI-NFP
Député — Bouches-du-Rhône (4)
La question
M. Manuel Bompard attire l'attention de Mme la ministre déléguée auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargée du tourisme, sur la construction d'un terminal de croisières de luxe sur l'esplanade J4 à Marseille, amorcée par le Grand port maritime de Marseille. Celui-ci a en effet lancé un appel d'offres en février dernier, qui n'a reçu aucun candidat. Malgré cet échec, GPMM semble vouloir déposer un nouvel appel d'offres. Ce projet va à l'encontre de toute considération écologique et sociale à Marseille : situé en plein cœur du centre-ville, il exposerait les plus de 80 000 habitants qui vivent à proximité directe du terminal à une pollution de l'air importante, tout cela pour de faibles retombées économiques (un croisiériste dépense trois à cinq fois moins d'argent à terre qu'un touriste « classique »). Il exposerait également les fonds marins aux eaux usées rejetées en mer. Au-delà des considérations économiques, selon Air Paca, la pollution de l'air serait responsable de 2 500 décès prématurés par an, rien qu'à Marseille, dont 30 à 40 % provenant du transport maritime. L'État évalue la perte économique d'un décès prématuré à environ 3 millions d'euros par personne. Ainsi, chaque année, la pollution de l'air causée par les navires à Marseille coûterait à la société entre 2,25 et 3 milliards d'euros, uniquement en pertes humaines. Le projet de gare maritime s'accompagne d'une augmentation du nombre d'escales avec l'ambition de passer de 40 à plus de 100 escales de luxe par an. Soit près de 90 000 croisiéristes en deux ans, qui s'ajoutent aux 600 escales et 2,5 millions de croisiéristes annuels déjà existants. Il est possible de réfléchir à des projets alternatifs plus écologiques et avec des retombées économiques plus importantes pour la ville. Le collectif Stop croisières organise une consultation citoyenne avec comme idées la construction d'une école des métiers maritimes et d'un port pour le fret maritime à voile et pour les petits bateaux associatifs. Ces projets alternatifs permettraient à Marseille de réduire drastiquement la pollution liée aux activités portuaires, de créer des emplois locaux, durables et qualifiés; de préserver l'identité maritime tout en innovant vers un modèle écologique et d'offrir aux habitants une mer accessible et saine. Il lui demande ce qu'il compte faire pour favoriser un projet plus viable écologiquement et économiquement.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 08/09/2026L'un des cinq axes structurants de l'action du Grand Port Maritime de Marseille - Fos (GPMM) est de préserver les équilibres avec les territoires. S'agissant des bassins-Est à Marseille, son action s'inscrit ainsi dans le cadre de la charte ville-port dont l'objet est de développer, avec les acteurs publics, économiques et les riverains, une vision commune de l'avenir du Port dans la ville de Marseille. Le GPMM met ainsi au cœur de sa démarche l'articulation entre le développement des activités portuaires, la coordination avec les acteurs locaux, l'acceptabilité des riverains et la maîtrise des impacts. Après l'abandon du projet Escale J4 initial faute de candidature d'exploitant privé, le GPMM s'est orienté vers un projet plus qualitatif, directement sous sa maitrise d'ouvrage. Un concours d'architecte sera ainsi lancé en 2026, démontrant la volonté d'aller vers une insertion urbaine, architecturale et paysagère exemplaire. Concrètement, il s'agit de transformer l'actuelle gare constituée par des bungalows modulaires de chantier en une gare moderne et totalement intégrée à son environnement comme cela a pu être effectué avec le projet de gare Corse ou le siège social du GPMM (projet Phare). Par ailleurs, l'objectif de ce projet est de permettre aux marseillais d'accéder en bordure de bassin en dehors des jours d'escales, soit environ 280 jours par an. Aujourd'hui, tout le périmètre est ceinturé de grilles de plus de trois mètres de haut conformes aux exigences du code international pour la sûreté des navires et des installations portuaires. Demain, un système de grilles amovibles permettra de limiter l'accès aux seuls jours d'escales. Des échanges avec la ville de Marseille et la Métropole seront engagées afin de définir les rôles respectifs dans la gestion de ces nouveaux espaces. Enfin ces quais sont inclus dans le programme de connexion électrique des navires à quai (CENAQ) ce qui permettra de réduire la pollution de l'air. Au-delà du projet J4 et en matière de transition énergétique, le GPMM est engagé depuis 2014 sur le projet CENAQ, bien avant toute obligation réglementaire, avec un objectif clair : réduire durablement les émissions atmosphériques dans l'aire métropolitaine marseillaise et préparer les mutations profondes du transport maritime. Entre 2014 et 2029, le GPMM aura engagé près de 197 M€ HT d'investissements pour la connexion électrique des navires à quai dans les bassins Est, dont plus de 50 % cofinancés par l'État, l'Europe et les collectivités. Ce programme permet d'équiper 30 postes à quai à l'horizon 2029 ; de couvrir près de 90 % des escales des bassins Est dès lors que les navires sont connectables ; d'anticiper pleinement les exigences du règlement européen AFIR 2030. Au-delà des obligations réglementaires, ce projet constitue pour Marseille Fos un levier majeur d'amélioration de la qualité de l'air en cœur métropolitain, un facteur d'attractivité industrielle pour les armateurs et opérateurs et un marqueur fort de la capacité des ports français à agir en avance sur les transitions européennes. Le GPMM se positionne ainsi comme un port démonstrateur, capable d'anticiper la norme, de structurer des filières industrielles et de massifier des solutions concrètes de décarbonation. Côté compagnies maritimes, les principaux armateurs de la croisière ont formalisé leur adhésion aux engagements de la charte croisière durable en Méditerranée. La charte révisée en 2025 a d'ores et déjà été adoptée par plus de 50 % des escales en Méditerranée française et il est à noter que près de 30 % des navires de croisière ayant fait escale à Marseille en 2025 sont propulsés au gaz naturel liquéfié. Le Gouvernement porte par ailleurs un renforcement progressif des normes d'émissions applicables en Méditerranée ; cette dernière est désormais désignée comme zone de contrôle des émissions d'oxydes de soufre et de particules. Cette désignation impose, depuis le 1er mai 2025, l'utilisation par les navires de combustibles à très faible teneur en soufre ou de solutions équivalentes. La croisière au GPMM constitue aujourd'hui un écosystème économique combinant tourisme, services portuaires et industrie maritime. Les retombées économiques sont évaluées à près de 300 M€ par an à l'échelle métropolitaine, portées par les dépenses des passagers et équipages (41 à 171 € par jour et par personne). Au delà du tourisme, Marseille capte une forte valeur ajoutée industrielle, notamment via la réparation navale, la maintenance et le rétrofit environnemental des paquebots, renforcée par les investissements dans l'électrification des quais et la transition énergétique.
Source : questions.assemblee-nationale.fr ↗
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