- Les huit organisations syndicales représentatives de la fonction publique appellent à la grève et à des manifestations le mardi 29 septembre 2026, un front unitaire devenu complet après la réunion salariale de Bercy du 8 juillet, jugée insuffisante par toutes.
- Leurs trois revendications principales : une revalorisation de la valeur du point d'indice, la suppression du jour de carence et le maintien d'une indemnisation à 100 % des arrêts maladie.
- La date n'est pas neutre : le gouvernement présente le projet de loi de finances pour 2027 le 30 septembre, soit le lendemain, et la session ordinaire du Parlement ne reprend que le 1er octobre.
- Le point d'indice détermine le traitement de base de tous les agents publics. Selon la CGT, 862 000 agents touchent désormais une indemnité différentielle pour atteindre le niveau du SMIC, contre 356 000 avant le 1er juin 2026.
- Le jour de carence, lui, est inscrit dans la loi depuis l'article 115 de la loi de finances pour 2018 : un premier jour d'arrêt maladie non rémunéré pour les agents publics.
La revendication qui figure en tête des tracts syndicaux pour le 29 septembre est aussi la seule que les députés ne peuvent pas trancher par un vote. La valeur du point d'indice n'est pas fixée par la loi mais par décret : le Parlement n'a jamais eu à se prononcer dessus, et il ne le fera pas davantage lors de l'examen du budget 2027. Le jour de carence, à l'inverse, relève bien de la loi — et il a fait l'objet de 138 amendements depuis le début de la législature, sans qu'aucun texte ne lui soit consacré.
Le point d'indice ne passe pas par un vote
Le point d'indice apparaît dans 40 amendements déposés à l'Assemblée depuis juillet 2024, et dans 104 questions parlementaires (46 à l'Assemblée, 58 au Sénat). Mais aucun de ces amendements ne propose de le revaloriser : la loi ne le permet pas. Ils demandent presque tous autre chose — que l'État compense aux collectivités, aux universités ou aux organismes de recherche le coût des revalorisations déjà décidées par décret.
Les cinq amendements adoptés le confirment. Celui de Lisa Belluco (Écologiste et Social) compense l'augmentation de 2024 sur le budget de deux écoles d'ingénieurs ; ceux d'Hadrien Clouet et de Ségolène Amiot (La France insoumise) portent sur les salaires des inspecteurs du travail et sur la convention collective des missions locales ; celui de Stéphane Delautrette (Socialistes) inscrit les prélèvements sur recettes destinés aux collectivités dans la loi spéciale de décembre 2024. Aucun ne touche à la grille des agents publics.
C'est le premier enseignement pour qui suivra la rentrée : sur le point d'indice, le vote des députés sur le budget 2027 ne changera rien. La négociation se joue à Bercy et se conclut par un décret.
« Vous voulez imposer deux jours de carence supplémentaires, autrement dit — pour que tout le monde comprenne bien — deux jours sans rémunération lorsqu'un fonctionnaire est malade. »
Le jour de carence, lui, se vote — dans le budget
Les 138 amendements consacrés au jour de carence se répartissent sur 22 textes différents, mais 113 d'entre eux, soit plus de huit sur dix, ont été déposés sur cinq textes budgétaires seulement : les projets de loi de finances pour 2025 et 2026, et les projets de loi de financement de la sécurité sociale pour 2025 et 2026. Aucune proposition de loi n'a jamais été consacrée au sujet.
Le sort de ces amendements dit beaucoup du fonctionnement budgétaire : 62 n'ont jamais été discutés en séance, 30 ont été rejetés, 17 sont tombés, 7 ont été retirés et 6 n'ont pas été soutenus. Seuls 16 ont été adoptés — et, on le verra, presque tous étaient des amendements de suppression.
Le clivage n'est pas celui qu'on attendrait. La Droite Républicaine est le premier groupe déposant avec 27 amendements, mais dans le sens inverse des syndicats : il s'agit d'étendre ou de moduler la carence, comme le proposaient Jean-Didier Berger et Josiane Corneloup en novembre 2025 pour la faire varier selon la fréquence des arrêts. Les groupes de gauche déposent pour supprimer la carence ou empêcher son extension. Ensemble pour la République, groupe du gouvernement, en dépose autant que La France insoumise.
« Les arrêts maladie se sont multipliés. Des sites frauduleux permettent d'en obtenir en un clic, fermons-les. Instaurons un système plus juste et équitable, avec le même nombre de jours de carence pour tous. »
Trois jours votés par le Sénat, effacés par l'Assemblée
L'épisode le plus concret de la législature s'est joué à l'hiver 2025-2026. En décembre 2025, en examinant le projet de loi de finances pour 2026, les sénateurs introduisent un article 79 bis qui porte à trois jours le délai de carence des agents publics de l'État. La mesure ne figurait pas dans le texte du gouvernement.
Le 5 janvier 2026, en nouvelle lecture à l'Assemblée, Emmanuel Duplessy (Écologiste et Social) dépose un amendement de suppression de cet article 79 bis. Il est adopté. Son exposé des motifs résume l'argument : la mesure « pénalise avant tout les agents les plus modestes » et « toutes les études montrent qu'un allongement du délai de carence ne réduit » pas l'absentéisme. L'article 79 bis ne figure pas dans le texte final du budget 2026 : le délai de carence des agents publics reste fixé à un jour.
Ce n'était pas la première tentative. À l'automne 2024, lors de l'examen du budget 2025, le gouvernement portait déjà un plan comprenant le passage à trois jours de carence et la baisse à 90 % de l'indemnisation des arrêts maladie — un plan chiffré à 1,2 milliard d'euros d'économies par le ministre de la fonction publique de l'époque.
« Les deux mesures que vous avez citées, relatives aux jours de carence et au remboursement des congés maladie, font bien sûr partie de ce plan. »
Ces échanges se sont tenus lors des séances des 28 et 29 octobre 2024, au plus fort de l'examen du budget 2025. Deux ans plus tard, le délai de carence n'a pas bougé.
Les deux seuls textes adoptés pour les agents publics
Hors budget, l'Assemblée n'a adopté que deux textes consacrés aux agents publics depuis juillet 2024. Le premier, la proposition de loi relative à la protection sociale complémentaire des agents publics territoriaux, a été voté le 11 décembre 2025 par 106 voix contre 17. La France insoumise a été le seul groupe à voter contre, avec ses 17 voix ; le Rassemblement national s'est abstenu avec 19 de ses 20 votants. Les Socialistes ont fourni le premier contingent de voix pour, avec 57 des 106.
Le second, la proposition de loi visant à améliorer l'accès au logement des travailleurs des services publics, a été adopté le 12 janvier 2026 par 46 voix contre 7, avec 11 abstentions. Un détail donne la mesure de l'attention portée au sujet : ces deux votes ont réuni respectivement 144 et 66 députés sur 577.
Pour suivre le sujet à la rentrée, le vrai marqueur ne sera pas le discours sur le pouvoir d'achat des agents mais un article du budget : celui qui touchera, ou non, à la carence. Vous pouvez consulter la position de votre député sur les textes concernant les agents publics depuis sa fiche, ou parcourir l'ensemble des débats parlementaires sur la fonction publique.